Les Araméens
de vers -1 200 à + 730

Localisation

Les Araméens (ou Amramean ou Aramäer), sont un peuple sémite du Moyen-Orient, semi-nomades de pasteurs, qui vivaient en haute Mésopotamie et en Syrie. Les grandes puissances telle que l’Égypte, la Babylonie, l’Assyrie étant affaiblie, ces tribus nomades s’installent dans le couloir Syro-palestinien. Plusieurs royaumes Sémitiques, d’abord nomades, se fixent le long de l’Euphrate au Xe siècle.

Les royaumes s’étendaient jusqu’ en territoire Assyrien, ses derniers en 733 rasent la ville de Damas, qui centrée sur son oasis s’était constituée en royaume. L’écriture Araméenne était issue de l’alphabet Phénicien.

Leurs premières traces sont signalées par une inscription du Roi Naram-Sin d'Akkad (2255-2218). Elle fournit la plus ancienne référence à "l'Aram" (Définissant le lieu), mais les chercheurs sont en désaccord quant à l'emplacement réel et à la signification de ce mot "Aram". Pour la ville de Damas on parle souvent de royaume d'Aram. On a trouvé d'autres très anciennes références à un endroit où les gens de "Aram" ont fait leur apparition : Dans les archives de Mari (vers 1900), celles d'Amarna (Tell el-Amarna, vers 1350), puis celles d’Ougarit (vers 1300). Dans la Bible Hébraïque est mentionné cinq fois, "Aram-Naharaim" (ou "Aram des deux rivières"). Cette région est généralement identifiée avec Naharina (ou Nahrima), mentionnée dans trois tablettes d'Amarna. C'était la terre ou la ville de Haran. Selon une tradition rabbinique Juive, ce serait le berceau d'Abraham.

D'autres entités avec le nom "Aram" sont mentionnées dans la Bible Hébraïque : Aram-Damas (ou Aram-Damascus), qui était un État Araméen centré autour de Damas en Syrie, de vers 1200 jusqu'à 733/732, Aram-Rehob qui fut l'un des premiers royaume Araméen, dont le chef-lieu était Rehob (ou Beth-Rehob) et Zobah (ou Aram-Zobah) qui était la capitale d'un état Araméens dans le Sud de la Syrie située probablement entre Hamath (ou Hama, une ville sur les rives de l'Oronte dans le centre de la Syrie) et Damas, près de la ville de Berothah (Berothai). Il fut d'une importance considérable. Dans le livre de Samuel (XIV. 47) son Roi est censé avoir combattu avec Saül, mais ce fait est jusqu'à aujourd'hui non confirmé.

Livre écrit en Araméen (Serto Syriaque) du monastère
de Sainte-Catherine, Mont Sinaï - XIe siècle


Un autre de ses Rois, Hadadezer ("aide Hadad" ou Hadadezer Ben Rehob ou Hadadezer Bar Rehob, début du Xe siècle), fils de Rehob, s'allie avec les Ammonites contre David, qui a vaincu Zobah et mis le royaume vassal d'Israël (II Samuel x.). Dans cette guerre Hadadezer est aidé par les Araméens d'au-delà de l'Euphrate (Sam II. X. 16). Lors de la prise de pouvoir de Salomon, Zobah redevient indépendante d'Israël.

Après le Xe siècle, Zobah n'est plus mentionnée dans la Bible, mais la ville de Subiti, qui est mentionnée dans les annales de l'Empereur d'Assyrie Assurbanipal (ou Assur-Banapliou ou Assourbanipal, 669-626) comme ayant été conquise par lui, est probablement la même que Zobah.

Origine

Les Araméens sont identifiés comme des tribus semi-nomades et pastorales et ils s'implantent en Mésopotamie du Nord, en Syrie et sur la côte Phénicienne après l'effondrement de l'Empire Hittite, vers 1200. Ils n'ont jamais eu un empire unifié, ils ont été divisés petits en royaumes indépendants dans tout le Proche-Orient. Pourtant, ils vont avoir le privilège d'imposer leur langue et leur culture à l'ensemble de ce Proche-Orient.

Leur origine géographique, comme celle des Amorrites, n'est pas, même aujourd'hui, bien définie en raison de la quantité limitée inscriptions concernant leur mention en Mésopotamie. Les hypothèses anciennes, qui supposaient pour l’ensemble des Sémites, un berceau en Arménie ou dans la chaîne de hautes montagnes du Pamir ou en Arabie, ne sont plus retenues. Les spécialistes, aujourd'hui, penchent plus pour un mode de vie commun plutôt qu'une origine géographique commune. Les tribus se seraient formées instinctivement à l’intérieur du système économique Syro-Mésopotamien.

La question de l'identification ethnique est débattue au sein de la communauté araméenne, c'est pourquoi les Araméens modernes sont identifiés comme : des Assyriens ou des Syriaques ou des Assyro-Chaldéens.

Langue et écriture

Les Araméens n'ont jamais eu un Empire unifié, ils ont été divisés petits en royaumes indépendants dans tout le Proche-Orient. Pourtant, ils vont avoir le privilège d'imposer leur langue et leur culture à l'ensemble de ce Proche-Orient. Une des plus grandes collections de textes en Araméen Achéménide, au nombre de 500 environ, est celle des "tablettes des fortifications de Persépolis", découverte durant les fouilles de la ville par Ernst Herzfeld et Erich Frederich Schmidt.

Les Araméens sont généralement définis par l'utilisation de cette langue araméenne, d'abord écrite en utilisant l'alphabet Phénicien légèrement modifié. Leur langue, appartient comme l'Hébreu, l'Ammonite et d'autres, au groupe de dialectes sémitiques du Nord-ouest.

Dès le VIIIe siècle av.J.C, l'araméen (langue et écriture) est en concurrence avec l'Akkadien (langue et écriture cunéiforme) en Assyrie, puis se répand dans tout l'Orient.

Au VIe siècle, lorsque les monarques de l'Empire Perse Achéménide veulent un langage qui peut être compris par tous leurs sujets dans leur Empire, ils choisissent l'Araméen qui devient aussi la langue administrative.

Le Grec en tant que langue verra le jours dans cette Empire que plusieurs siècles plus tard, au IIIe siècle av.J.C, lorsque l'Araméen aura perdu de son prestige parce qu'une langue trop sophistiquée.

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Stèle où figure une dédicace en Araméen

 au Dieu Salm - Ve s. av.J.C- Musée du Louvre

 

La langue resta quand même le dialecte commun de tous les peuples du Proche-Orient et ce jusqu'à l'invasion arabe en 650 ap.J.C. Elle a donné son nom à l'alphabet Araméen avec lequel elle était écrite. L'Araméen est aujourd'hui un groupe de langues et dialectes sémitiques de la famille des langues afro-asiatiques. Selon le linguiste Klaus Beyer, l'histoire de la langue Araméenne se décompose en trois grandes périodes :

L'Araméen ancien (1100 av. J.C - 200 ap. J.C) avec notamment : l'araméen biblique de la Bible Hébraïque, l'Araméen de Jésus, l'Araméen du Targums, le tournant du Vieux-araméen serait au environs de 500 av.J.C quand la langue change en Araméen Impérial, la lingua franca de l'Assyrie, les néo-Babyloniens et l'Empires Perse Achéménide.

L'Araméen Moyen (200 - 1200) avec notamment : le Syriaque littéraire, l'Araméen des Talmuds et Midrashim, l'Araméen Nabatéen.

L'Araméen moderne (à partir de 1200) avec notamment : diverses langues vernaculaires modernes. Ces langues ne sont pas toutes mutuellement compréhensibles, par exemple le Syriaque orientale est appelé Chaldéen ou Assyrien. Il reste par contre très peu de vestiges de l'Araméen occidental, qui aujourd'hui n'est parlé que dans le village Chrétien de Ma'lula en Syrie et les villages musulmans de Bakh`a et Jubb'Adin dans les montagne de l'Anti-Liban (Chaîne de montagnes parallèle à la chaîne du Mont Liban, dont elle est séparée par la vallée de la Bekaa).

L'histoire...

Les tribus pasteurs et nomades ont toujours été une caractéristique du Moyen-Orient, mais leur nombre semble varier en fonction des conditions climatiques et de la force des Empires qui se créèrent. La période 1800-1300 semble avoir été une période d'aridité croissante qui incita les éleveurs à passer une plus longue transhumance avec leurs troupeaux. Les zones urbaines diminuèrent d'importance, jusqu'à ce que finalement tout un mode de vie nomade d'éleveurs soit arrivé à dominer la région.

Au début du XIVe siècle, une grande partie de l'Israël était Araméenne. Ces tribus pratiquèrent alors en Babylonie des raids. Les Araméens pillèrent les campagnes et attaquèrent les caravanes. Ils furent une menace pour le commerce de longue distance et le prestige royal s'en ressentit.

Les citadins riches achetèrent la protection des Araméens. Les opposants à ce système se réfugièrent au Pays de la Mer et incitèrent les Rois de Babylone à reprendre la guerre. Selon le livre biblique des Juges, Othniel (ou Othiel Ben Kenaz, en Hébreux : עָתְנִיאֵל בֶּן קְנַז, premier des Juges bibliques) aurait été vaincu par une armée commandée par le Roi d'Aram-Naharaim, (ou "Aram des deux rivières") Shushan-Rishathaim (En Hébreu : כּוּשַׁן רִשְׁעָתַיִם).

Au XIVe siècle on trouve la trace d'un peuple Araméen, les Ahlamu (ou Aḫlamû "vagabonds" ou Akhlamû-Araméens ou Ablamu-Arameens). Le nom Ahlamu est mentionné pour la première fois dans les lettres d'Amarna. La présence des Ahlamu fut également attestée en Assyrie et même à Nippur et Dilmun (Bahreïn). L'Empereur d'Assyrie Salmanasar I (1275-1245) vainquit le Roi du Mitanni, Shattuara II (v.1280-v.1270) qui s'était révolté avec l'aide de mercenaires Hittites et Ahlamu. Un terme équivalent apparaît chez les Égyptiens, Shasou (Shsw "vagabond"). Ceux-ci sont mentionnées comme la principale source d'instabilité dans l'Empire Égyptiens du Levant à partir du règne de Toutânkhamon (1336/35-1327). Ils sont encore cités un peu plus tard.

Les Ahlamû auraient coupé la route de Babylone à la capitale Hittite Hattousa et l'Empereur d'Assyrie Toukoulti-Ninourta I (1245-1208) affirma qu'il conquit la ville de Mari, le Hana, Rapiqum sur l'Euphrate et "la montagne de l'Ahlamu", apparemment la région De Djebel Bisri. Enfin sur une inscription de l'Empereur Téglath-Phalasar I (1116-1077), ce dernier les appelle "Akhlamû-Araméens" (ou Ahlame Armaia). Puis les Ahlamu disparurent des anales Assyriennes pour être remplacés par les Araméens (ou Aramu, Arimi).

Toutefois il est possible que les deux peuples n'aient rien de commun, mais qu'ils aient simplement habités la même zone.

Au XIe siècle les Araméens s'établirent en Syrie. La Bible nous dit que les Rois Hébreux, Saül (1030-1010), David (1010-970) et Salomon (970-931) luttèrent contre les royaumes Araméens à la frontière Nord d'Israël : Aram-Sôvah dans le Beq'a, Aram-Bêt-Rehob et Aram-Ma'akah autour Mount Hermon et enfin Damas.

Statue du temple 
Araméen de Tell Halaf

Plus au Nord, les Araméens furent en possession d'Hamath (ou Hama, une ville sur les rives de l'Oronte dans le centre de la Syrie) et ils devinrent assez fort pour se dissocier du bloc néo-Hittite. Au cours du Xe et IXe siècles, ils conquirent Samal (ou Sam'al ou Ja'udi ou Ya'udi ou Yadiya ou Gabbar bits), cité-État du Nord de la Syrie (aujourd'hui Zincirli Höyük ou Zenjirli Höyük dans les montagnes de l'Anti-Taurus, province de Gaziantep de la Turquie) et le Yamkhad, dans la région d'Alep, puis Arpad (Ville de Syrie au Nord-ouest d'Alep appelée actuellement Tell Rifat) qu'ils rebaptisèrent Bît-Agushi et Til Barsip, qui devint le chef-lieu de Bît-Adini (Également connu sous le nom de Beth Eden). Dans le même temps, ils se déplacèrent à l'Est de l'Euphrate où ils s'établirent aussi grand nombre dans l'ensemble de la région que l'on a appelé Aram-Naharaim (ou "Aram des deux rivières").

L'un de leurs premiers royaumes de la Mésopotamie fut Bît-Bahiâni (Tell Halaf). L’Empereur d’Assyrie Adad-Nirâri II (912-891) fut attaqué par les Babyloniens alliés à ces Araméens, mais il va battre deux de ses Rois. Il se réconcilia avec le second et inaugura un protectorat Assyrien sur la Babylonie durant deux siècles. Les Assyriens exterminèrent alors quelques Araméens pour le plaisir. Les Rois de Babylone voulurent définitivement s'affranchir de ce joug, en 878, ils tentèrent de porter secours à des Araméens attaqués par l'Assyrien Assur-Nasirpal II (884-859), mais ce dernier gagna la bataille et sema la terreur dans le pays.

Au cours du IXe et VIIIe siècle, tous les petits royaumes Araméens furent envahit par les Empereurs successifs d'Assyrie, Adad-Nirâri III (810-782), Assur-Nasirpal II et son fils Salmanasar III (859-824), qui détruisit un grand nombre de petites tribus. Il apporta de ce fait aux Assyriens le contrôle de la Syrie, de son commerce local et de ses ressources naturelles. Certains Empereurs Assyriens prirent même des épouses Araméennes.

Les Araméens maintenant mêlés aux populations locales suivirent le cours de l'histoire de ces régions où Néo-Babyloniens, Perses Achéménides, Macédoniens, Séleucides et Romains se succédèrent...

Source : http://antikforever.com/Syrie-Palestine/Philistins%20Arameens/arameens.htm
 

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Réponses à cette discussion

Les Araméens, un peuple, une langue, une écriture, au-delà des empires

La civilisation araméenne a une longue histoire puisque les premières attestations des Araméens remontent au début du XIe siècle avant notre ère et que, dans un état de langue très évolué, l'araméen est encore parlé dans quelques villages de la région de Mossoul, dans le nord de l'Irak, et de l'Antiliban syrien, près de la frontière avec le Liban.

La protohistoire araméenne

Comme souvent, les origines des Araméens se perdent dans les brumes de l'histoire. Les premières attestations claires de l'ethnique « Araméen » se trouvent dans les inscriptions du roi assyrien Tiglat-Phalazar Ier (1114-1076 av. n. è.) qui évoquent ses nombreux combats contre les « Araméens-Ahlamu » le long du Moyen-Euphrate en Syrie du Nord aujourd'hui. Plus précisément le roi assyrien se vante d'avoir franchi vingt-huit fois l'Euphrate, deux fois par an, pour défaire ces Araméens-Ahlamu qui habitaient apparemment dans un territoire correspondant à peu près à la Syrie actuelle.

D'après quelques indications de textes antérieurs, en particulier du XIIIe siècle av. n. è., certains groupes d'Ahlamu proto-araméens étaient des tribus semi-nomades aux frontières des royaumes mésopotamiens : l'Assyrie au nord et la Babylonie au sud. C'est dire que les textes assyriens les considéraient comme des populations constituant une menace pour la stabilité de leur royaume. La tradition biblique des Benê-Jacob, apparemment originaires de l'Aram-Naharayim ou « Aram des deux fleuves », dans la boucle de l'Euphrate, autour des villes de Harrân et Nahur, semble confirmer que, vers le XIIIe siècle av. n. è., cette région était peuplée de pasteurs proto-araméens. D'une manière générale, les Israélites conservèrent la mémoire qu'une partie de leurs ancêtres étaient des Araméens en disant : « Mon père était un Araméen errant » (Deutéronome 26,5). Cependant, bien qu'une partie de la population araméenne ait été constituée de semi-nomades faisant paître leurs troupeaux de petit bétail à la lisière des zones cultivées, une autre partie habitait dans des villes fortifiées contrôlant le territoire environnant et rassemblées en divers royaumes.

Si l'on tient compte de la confusion graphique postérieure des noms de pays « Aram » et « Édom », la tradition biblique de Genèse 36, 31-39 pourrait nous rapporter une liste de rois araméens de cette époque ayant exercé leur pouvoir dans le nord de la Transjordanie.

L'expansion araméenne des XI-Xe siècles

Après avoir bien résisté à la pression araméenne sous Tiglat-Phalazar III et Assûr-bel-kala (1073-1056), l'Assyrie semble avoir été sur la défensive pendant plus d'un siècle, de 1050 à 935, car les Araméens fondent alors des villes sur l'Euphrate, au nord de Karkémish, à l'époque du roi assyrien Assur-rabi II (1012-972). Cette expansion araméenne nous est confirmée par quelques informations sporadiques de la tradition biblique sur la frontière méridionale du territoire araméen. En effet, au début du règne de David, vers l'an 1000, le roi de Beth-Rehov (Beqa‘ libanaise) et d'Aram-Zoba (un peu plus au nord), Hadadézer, semble à la tête d'une coalition de royaumes araméens, – en particulier du Levant-Sud : Tov, Geshour et Maakah – et conduit ses armées vers le nord jusque sur l'Euphrate (2 Samuel 8,3). Cherchant à soutenir le roi ammonite, Hanoun, l'armée araméenne d'Hadadézer sera finalement battue par celle de David (2 Samuel 8 et 10) et le territoire araméen s'étendant jusqu'à Damas inclusivement contrôlé, un moment, par le roi de Jérusalem.

À la mort de David, Hadad, un prince araméen de la famille d'Hadadézer qui s'était réfugié un moment en Égypte, revient dans la région de Damas dont il finit par s'emparer, fondant le royaume de Damas (1 Rois 11,14-24) qui, pendant deux siècles et demi, sera le principal royaume araméen du Levant-Sud, annexant au moins partiellement les royaumes araméens de Maakah, Tov et Geshour dans le nord de la Transjordanie. Cet important royaume araméen sera souvent le principal adversaire d'Israël, au sud, et de l'Assyrie, au nord. Un de ses successeurs, Ben/Bar-Hadad fils de Tabrimmon/Tabramman s'emparera d'ailleurs bientôt de la haute vallée du Jourdain et de la région de Kinneret (1 Rois 15,20), contre le roi d'Israël, Baasha (env. 909-886).

Les royaumes araméens face à l'Empire néo-assyrien (de la fin du Xe à la fin du VIIIe siècle)

Au nord du territoire araméen, l'Assyrie se réveille sous le roi Assur-Dan II (934-912) ; dans son rêve de domination universelle, après de nombreuses campagnes militaires où elle connaît succès et revers, elle finira par éliminer tous les royaumes araméens et absorber toute la population araméenne à l'intérieur de son empire.

De par leur situation géographique, les premiers royaumes araméens à être ainsi absorbés dans l'Empire néo-assyrien furent ceux qui étaient situés au nord-est, dans la région de l'Euphrate : Hindanu, Laqê, Suhu, sur le Moyen-Euphrate et Naïri, Bit-Zamani, Bit-Bahiani (Gouzan), Azallu, Bit-Adini, dans la boucle de l'Euphrate. Cette région expérimentera ensuite une symbiose politique et culturelle assyro-araméenne où se côtoieront les inscriptions cunéiformes et les inscriptions alphabétiques araméennes.

L'exemple le plus évident de cette symbiose assyro-araméenne est celui de la statue de Tell Fekheriyeh, aux sources du Habour : vers la fin du IXe siècle, le roi de Gouzan, Hadadyis‘î fils de Shamash-nouri, se fait représenter par une statue comportant une double inscription : assyrienne, de face, et araméenne, de dos. Bien plus, dans l'inscription araméenne, il se proclame « roi de Gouzan », tandis que, dans l'inscription néo-assyrienne, il est simplement « gouverneur de Gouzan ». Le même dynaste pouvait donc être considéré comme un « roi » par la population araméenne locale et comme un « gouverneur » par le suzerain néo-assyrien.

À la suite de cette expansion néo-assyrienne jusqu'à l'Euphrate, ce fleuve va être considéré pendant plus d'un siècle comme la frontière naturelle de l'Empire néo-assyrien.

La réaction à la pression assyrienne des royaumes araméens du sud-ouest, d'au-delà de l'Euphrate, va varier d'un royaume à l'autre et va s'organiser de mieux en mieux. Déjà, au début de son règne, le roi néo-assyrien Salmanazar III (858-824) avait mis trois ans à intégrer le royaume araméen du Bit-Adini qui s'étendait sur les bords de l'Euphrate, au sud de Karkémish, et à soumettre au tribut les royaumes à la fois araméens et néo-hittites/louvites à la frontière actuelle de la Turquie et de la Syrie du Nord : Karkémish, Kummuh, Mélid, Samal, Gurgum, Patina (basse vallée de l'Oronte) et Alep. Les inscriptions monumentales louvites, spécialement celles de Karkémish, ou araméennes, spécialement celles de Zencirli – site de la capitale du royaume de Samal à l'est de l'Amanus – nous montrent que les Assyriens furent parfois assez bien accueillis car ils aidaient à secouer le joug de puissants voisins tandis que le tribut à verser à l'Empire assyrien paraissait proportionnellement assez léger. De fait, pendant un certain temps, les Assyriens se contenteront d'un tribut annuel, laissant le roi local en place, jouant éventuellement des rivalités internes, voire des guerres civiles, pour imposer des princes assyrophiles, acceptant volontiers de jouer le rôle de vassaux.

En 853, Salmanazar III va essayer de soumettre aussi les royaumes de la Syrie centrale, en particulier le royaume araméo-louvite de Hamat, mais son roi, Irhuleni, fait alors appel au soutien des autres rois du Levant, en particulier du roi de Damas, Adadidri, et du roi d'Israël, Akhab. L'armée des coalisés, comportant plus de chars que l'armée des envahisseurs, réussit à stopper l'avance de l'armée assyrienne qui, pendant une douzaine d'années, se brisera contre ce front uni. C'est seulement lorsque, en Israël, le coup d'état de Jéhu brisera l'unité de la coalition des « rois de la côte » que Salmanazar III remportera provisoirement un certain succès, pillant une partie du royaume de Damas et acceptant la soumission de Jéhu, soumission représentée sur l'« obélisque noir » conservé au British Museum. Cependant, malgré une ultime tentative en 838, l'armée assyrienne ne peut pénétrer dans Damas où le roi Hazaël lui oppose une farouche résistance. Des troubles intérieurs dans l'Empire néo-assyrien achèveront d'éloigner, pour quelques années, le danger assyrien.

Les royaumes araméens profiteront de ce répit pour renforcer leur unité. En fait, le roi Hazaël de Damas, ayant opposé une résistance victorieuse à Salmanazar III, va peu à peu étendre son pouvoir sur tout le Levant et se retrouver à la tête de quelque trente-deux rois vassaux. Vers 810, l'armée de l'empire araméen de Hazaël va même traverser l'Euphrate, portant le fer à l'intérieur de ce qui était considéré comme territoire assyrien depuis une cinquantaine d'années. C'est de cette époque qu'il faut dater les premières inscriptions monumentales araméennes, en particulier les fragments de la stèle de Tel Dan, aux sources du Jourdain, contemporaine des petites inscriptions sur ivoire ou sur bronze mentionnant Hazaël.

En l'absence de fouilles archéologiques du site antique de Damas, ces inscriptions araméennes, ainsi que diverses indications historiographiques des livres bibliques des Rois soulignent la grandeur de ce « roi d'Aram » dominant non seulement tous les royaumes araméens mais aussi ceux de Phénicie, de Palestine et de Transjordanie. Son règne semble aussi manifester un important développement économique avec des comptoirs araméens à Samarie (1 Rois 20,34) et culturel avec la diffusion de l'écriture alphabétique. C'est peut-être de cette époque que date la rédaction du livre araméen de « Balaam fils de Beor, l'homme qui voyait les dieux », connu par la Bible (Nombres 22-24), et dont on a retrouvé des extraits copiés sur la paroi d'un mur chaulé à Deir ‘Alla dans la moyenne vallée du Jourdain.

Chaque royaume araméen gardait son organisation politique et ses propres traditions culturelles. Le royaume lui-même était souvent désigné comme le beyt, à la fois maison et dynastie, du premier roi de la lignée. On parlait ainsi de beyt Hazaël, beyt Goush… Chaque royaume avait aussi ses propres traditions religieuses. Cependant, à la tête du panthéon araméen, on reconnaissait généralement le grand dieu de l'orage : Hadad, parfois appelé « maître des cieux » ou ba‘al shamayin, comme dans l'inscription de Zakkour, roi de Hamat, ou rattaché à un grand sanctuaire tel « Hadad d'Alep ». On retrouvait aussi d'autres dieux liés aux astres, en particulier Shamash, le « soleil », Sahar, la « lune » et les « pléiades » ou sibitti. On retrouvait enfin des dieux protecteurs de la dynastie tels Rakkibel dans le royaume de Samal ou Iluwer dans celui de Hamat, à côté de diverses divinités traditionnelles : El, Élyôn, Rashap…

Les fouilles archéologiques de quelques sites araméens comme Zencirli, capitale du royaume de Samal, ont mis au jour plusieurs palais, temples et murailles de ville renforcées par des fossés. Une partie de cette tradition architecturale est assez révélatrice d'une symbiose entre la tradition araméenne et la tradition néo-hittite/louvite qui se manifeste en particulier dans l'importance des stèles et des bas-reliefs, le plus souvent en basalte. Les fouilles archéologiques ont mis aussi au jour des ivoires travaillés ainsi qu'une tradition iconographique originale, manifestée en particulier dans l'iconographie des sceaux inscrits ou non.

L'expansion araméenne de la deuxième moitié du IXe siècle fut de courte durée. Dès son accession au pouvoir vers 805-803, le fils de Hazaël, Bar-Hadad, va se heurter à la révolte du roi d'Israël, Joas (805-803-790), puis à celle de Zakkour, roi de Hamat, dont l'inscription royale est conservée au Louvre. À l'époque du roi néo-assyrien Adad-nârâri III (810-783) et de ses successeurs dans la première moitié du VIIIe siècle, c'est, en fait, le turtanu, c'est-à-dire le général en chef, deuxième personnage de l'Empire assyrien, Shamshi-ilu, peut-être rattaché à une famille royale araméenne, qui va décider de la politique assyrienne vis-à-vis de l'ouest de l'empire, jouant le rôle d'une sorte de vice-roi pour les relations avec les royaumes araméens. Il entreprit plusieurs campagnes militaires, pénétra dans Damas en 773 et en rapporta un riche butin. Il joua aussi un rôle d'arbitre dans la fixation des frontières entre les divers royaumes de la région qui devaient s'engager vis-à-vis de l'Assyrie par des traités d'alliance ou de vassalité comme nous le révèlent les plus longues inscriptions araméennes anciennes, les fameuses stèles de Sfiré représentant l'engagement de Mati‘él, roi d'Arpad, capitale de beyt Goush, dans le nord de la Syrie.

Avec l'arrivée au pouvoir du roi assyrien Tiglat-Phalazar III (744-727), la politique néo-assyrienne va devenir systématiquement impérialiste, cherchant à intégrer, éventuellement en plusieurs étapes, tous les territoires des royaumes araméens. En 740, après plusieurs campagnes militaires, le royaume d'Arpad est transformé en provinces assyriennes. En 732, c'est le tour du royaume de Damas et des trois quarts du royaume d'Israël, le dernier quart étant intégré en 722. En 720, c'est le tour du royaume de Hamat, puis, dans les années qui suivent, celui de Samal. À la fin du VIIIe siècle, il n'y a plus aucun royaume araméen et leurs territoires ont été transformés en provinces de l'Empire néo-assyrien.

L'Empire assyro-araméen

La disparition des royaumes araméens ne marquait pas la fin de l'existence politique, économique et culturelle des populations de tous ces royaumes. Même si, en cas de révolte, une partie de la population pouvait être déportée dans une autre région de l'empire, la majeure partie des Araméens survécut ! En fait, en intégrant dans leur empire une aussi nombreuse population araméenne, les rois assyriens le transformèrent en un Empire assyro-araméen. Comme nous l'avons noté plus haut, ce phénomène a commencé dès le IXe siècle pour la Mésopotamie du Nord et l'intégration des royaumes araméens du Levant à partir de Tiglat-Phalazar III n'a fait que l'accélérer. On voit apparaître des Araméens à tous les niveaux de l'administration ainsi que dans l'armée qui avait d'ailleurs parfois intégré des régiments entiers des armées vaincues.

Comme nous le montrent un certain nombre de bas-reliefs représentant l'enregistrement du butin, les scribes akkadiens côtoyaient souvent les « scribes araméens », mentionnés plusieurs fois explicitement comme tels dans les textes. Même si l'akkadien cunéiforme reste l'écriture des inscriptions royales monumentales, l'araméen est assez souvent utilisé à tous les niveaux de l'administration, d'autant plus que l'écriture alphabétique est plus facile à apprendre. On l'utilisait généralement pour écrire sur des feuilles ou des rouleaux de cuir qui ont malheureusement disparu à cause du climat relativement humide. Cependant, surtout à partir de la fin du VIIIe siècle, les scribes se mettent aussi à écrire en araméen sur des tablettes d'argile un certain nombre d'actes juridiques de la vie quotidienne : contrats de prêt d'orge ou d'argent, achat de terrains, ventes d'esclaves, mise en gage… Les fouilles récentes de Tell Sheikh Hamad, ancienne Dur-Katlimmu, sur le Habour, principal affluent du Moyen-Euphrate, ont mis au jour des tablettes cunéiformes et des tablettes araméennes provenant des mêmes niveaux (VIIe siècle), actuellement en cours de publication.

En fait, cette intégration dans l'empire va conduire à un développement géographique de l'usage de l'araméen. Désormais l'araméen pourra être employé dans tout l'Empire néo-assyrien. Il va même se retrouver dans des inscriptions royales situées au nord-est de l'Assyrie, dans le royaume mannéen (inscription dite de Bukân), en Cilicie (petites inscriptions de Tarse) et jusqu'en Égypte, contrôlée un moment par Assurbanipal (668-627). L'araméen devient la langue de communication de la plus grande partie du Proche-Orient, celle que tout diplomate doit absolument connaître, comme nous le révèle le dialogue des ministres judéens d'Ézéchias avec le rab-shaqeh assyrien de Sennachérib sous les murs de Jérusalem en 701 (2 Rois 18,26).

Cependant, du point de vue linguistique, cet araméen d'empire va surtout être celui de Mésopotamie qui, dès le IXe siècle avait été en symbiose avec la culture et la langue néo-assyriennes. Il comportera un certain nombre de mots d'emprunts et, pour les actes juridiques, des formules souvent similaires aux formules néo-assyriennes. Bien plus, l'un des livres qui servira à la formation des scribes araméens à la fin de l'Empire assyrien sera le roman d'Ahiqar qui raconte, en araméen de Mésopotamie, les déboires et les aventures d'un haut fonctionnaire à la cour de Sennachérib et d'Assarhaddon.

Le caractère araméen de l'Empire assyrien devient de plus en plus clair au cours du VIIe siècle. Aussi n'est-on pas étonné que, après la chute de Ninive en 612, la résistance des derniers rois néo-assyriens s'organise autour de Harrân, c'est-à-dire au cœur d'une région araméenne, qui ne tombera sous les coups de l'armée néo-babylonienne qu'en 610-609.

L'araméen dans l'Empire néo-babylonien

Pendant une soixantaine d'années, l'Empire néo-babylonien prend la relève de l'Empire néo-assyrien. Toutes les inscriptions officielles des rois sont naturellement en néo-babylonien cunéiforme ; cependant l'usage de l'araméen ne cesse de se développer comme le montre, en particulier, l'habitude d'étiqueter, sur la tranche, les tablettes néo-babyloniennes avec une courte inscription araméenne que le scribe pouvait lire plus facilement. Du fait des nombreuses déportations de populations de l'Ouest dans la région de Babylone, la langue habituelle de communication de toutes ces différentes populations devient l'araméen que l'on devait souvent entendre dans les rues de Babylone et des principales cités de la région.

L'influence de la culture araméenne devient encore plus évidente sous le règne du dernier roi néo-babylonien, Nabonide (556-539) ; probablement en partie d'origine araméenne, il voua un culte particulier au dieu lunaire de Harrân dont il restaura le grand temple. Sin de Harrân rivalise alors avec Mardouk, le grand dieu de Babylone, et pendant son séjour de dix ans en Arabie, dans l'oasis de Teima, Nabonide y introduira l'emploi de l'écriture araméenne qui pouvait donc être utilisée dans tout son empire.

L'araméen dans l'Empire perse (539-331)

L'entrée de Cyrus à Babylone en 539 marque l'intégration du territoire de l'Empire néo-babylonien dans le plus vaste empire territorial que l'Antiquité proche-orientale ait connu. Sous Darius (522-486), cet immense empire s'étendra de la Thrace à l'Indus et du sud de l'Égypte (Éléphantine/Assouan) à l'Asie centrale (Bactriane). L'ancien pays araméen se retrouve surtout dans les provinces de Transeuphratène (Abar-Naharâ) et de Babylonie. Il n'y a plus d'entité politique araméenne mais la langue et la culture araméennes se répandent partout : l'écriture araméenne est utilisée comme langue de communication usuelle et administrative dans tout l'Empire achéménide.

La diffusion de l'écriture araméenne est bien attestée par l'épigraphie : on rencontre des inscriptions araméennes depuis l'Anatolie jusqu'aux bords de l'Indus et des parchemins araméens depuis l'Égypte jusqu'en Ouzbékistan. L'araméen est aussi utilisé par les royaumes vassaux ou alliés, tels le royaume arabe de Qédar. Le bon fonctionnement de l'administration et la perception des impôts qui faisaient une des forces de cet immense empire ont été grandement facilités par l'utilisation de cette écriture alphabétique facile à apprendre et à utiliser. Les nombreux échanges entre les diverses parties de l'empire ont entraîné un certain développement homogène de l'écriture tandis que la langue évoluait en intégrant un certain nombre de termes perses, en particulier de termes administratifs qui deviennent plus nombreux au IVe siècle.

Cette diffusion incontestable de l'araméen en tant que langue écrite ne signifie pas du tout que toutes les populations de cet immense empire parlaient cette langue. Il faut bien distinguer langue parlée et langue écrite. D'ailleurs l'administration pouvait aussi utiliser, concurremment, les langues et écritures locales. Tout en étant écrit dans tout l'empire, l'araméen ne devait probablement être la langue vernaculaire que des régions primitivement araméennes ou, plus généralement, sémitiques : Mésopotamie et Transeuphratène.

L'araméen à l'époque hellénistique

La conquête de l'Empire perse par Alexandre le Grand (333-331) n'a pas bouleversé immédiatement toute l'organisation de l'Empire achéménide. Suivant la formule de Pierre Briant, Alexandre a été, en quelque sorte, « le dernier des Achéménides » puisqu'il a maintenu l'unité de cet immense empire. De fait, les ostraca araméens d'Idumée, dans le sud de la Palestine, ainsi que les manuscrits sur parchemin d'Ouzbékistan en cours de publication, révèlent que l'administration a continué à utiliser non seulement l'écriture araméenne mais exactement le même système et les mêmes formules, se contentant de dater des années d'Alexandre au lieu des années de Darius III.

Le véritable changement culturel ne va se faire que peu à peu, sous les successeurs d'Alexandre, spécialement lorsque les Diadoques se partageront l'empire. Le grec va alors rapidement progresser comme langue administrative, spécialement dans les régions non-araméophones. Même dans ces dernières, il va s'affirmer comme la langue du commerce international et des relations politiques. C'est ainsi que l'utilisation de l'araméen va assez rapidement disparaître d'Anatolie et d'Égypte, tandis qu'il se maintiendra en Syrie-Palestine, où on voit apparaître des inscriptions bilingues gréco-araméennes, et en Mésopotamie, ainsi que parmi les populations nord-arabes, en tant que langue écrite.

Cependant le démembrement de l'empire et la multiplication des royautés à la fin de l'époque hellénistique vont conduire à une différenciation de l'écriture araméenne selon les royaumes et les régions. La forme des lettres va évoluer différemment en Palestine et en Basse Mésopotamie, en Nabatène et en Arménie.

L'araméen à l'époque romaine

À partir du IIe siècle av. n. è., la désintégration de l'Empire séleucide d'Antioche va entraîner l'apparition d'un certain nombre de royaumes locaux qui vont essayer de mettre en valeur leurs traditions nationales et utiliser l'araméen comme langue et écriture officielle. C'est ainsi qu'on voit apparaître plusieurs variantes de l'écriture araméenne :

– Au sud, dans la région de Pétra, l'écriture nabatéenne va être utilisée de 169 av. au IVe siècle apr. n. è. pour nombre d'inscriptions monumentales, ainsi que sur les monnaies. Même la transformation du royaume nabatéen en province romaine en 106 de n. è. ne marquera pas la fin de l'utilisation de cette écriture dont l'évolution de la cursive donnera, plus tard, naissance à l'écriture arabe. En effet, le paradoxe de l'araméen en Nabatène est qu'il a été utilisé comme langue écrite d'une population dont la langue vernaculaire devait être un dialecte nord-arabe.

– En Judée/Palestine, la dynastie hasmonéenne puis hérodienne conduit à un certain renouveau de la littérature hébraïque. Cependant la majorité de la population parlait araméen et la littérature araméenne de cette époque nous est, en partie, connue grâce à la grande découverte des manuscrits de Qoumrân et du désert de Juda, ces derniers constitués surtout de textes de la pratique – lettres, contrats, ostraca de comptabilité. Dans les deux premiers tiers du Ier siècle de notre ère, les inscriptions sur ossuaire de la région de Jérusalem nous révèlent le trilinguisme de ses habitants qui pouvaient utiliser l'araméen, l'hébreu ou le grec. D'après quelques mots araméens conservés dans les évangiles, Jésus de Nazareth parlait habituellement en araméen. Le judéo-araméen se retrouvera un peu plus tard, dans le Talmud de Jérusalem, rédigé vers 425 de n. è., qui reflète apparemment surtout l'araméen de Galilée.

– Dans le désert syrien, l'oasis de Palmyre jouit alors d'une très grande prospérité car il contrôle le commerce entre l'Empire parthe et l'Empire romain et réussit à maintenir une certaine autonomie par rapport à l'Empire romain du Ier siècle av. au IIIe siècle apr. n. è. L'araméen est la langue officielle de ce royaume et l'on connaît aujourd'hui environ 2 000 inscriptions palmyréniennes, en majorité des inscriptions monumentales et funéraires, au tracé quelque peu maniéré, accompagnant une statuaire remarquable par son réalisme et la précision de ses détails.

– Plus au nord, deux villes de Haute Mésopotamie, Édesse et Hatra, seront d'importants centres économiques et politiques, qui feront rayonner la culture araméenne « orientale ». Édesse, actuelle Urfa dans le sud-est de la Turquie, était le centre d'un petit royaume à la frontière de l'Empire romain. La tradition scribale édesséenne donnera plus tard naissance à l'écriture syriaque dont la littérature se développera surtout avec la diffusion du christianisme dans tout le Proche-Orient.

– Un peu plus à l'est, environ 90 km au sud-sud-ouest de Mossoul au nord de l'Irak, Hatra est un moment la capitale d'un petit royaume à la frontière entre les Empires romain et parthe de l'époque hellénistique au IIIe siècle de n. è. Le dynaste local portait le titre de « roi d'Arabie » ou de « roi des Arabes » mais son royaume était limité et ses inscriptions en araméen, l'écriture araméenne représentant une évolution de la cursive araméenne du début de l'époque hellénistique. On a relevé environ quatre cents inscriptions sur pierre datant du Ier au IIIe siècle de n. è. On peut en rapprocher quelques dizaines d'inscriptions trouvées à Assour, un peu plus au sud.

– Dans le sud de la Mésopotamie sous domination parthe, dans le Khouzistan iranien actuel, la principauté de Mésène (Characène) a développé une variante araméenne locale qui évoluera ultérieurement dans l'écriture des Mandéens, secte religieuse combinant des traditions babyloniennes, perses, juives et chrétiennes, avec de nombreux textes magiques et une littérature particulière.

Le dynamisme de ces divers royaumes araméens va se heurter à l'expansion des Empires romain et sassanide et l'araméen reculer devant l'expansion du pehlevi, du grec et du latin, bien avant les invasions arabes du VIIe siècle. L'arabe ne remplacera alors l'araméen que peu à peu comme langue parlée tandis que l'araméen écrit se conservait dans l'abondante littérature syriaque, ainsi que dans la littérature religieuse juive, samaritaine et mandéenne.

André Lemaire

Histoire de l'araméen


Araméen est la langue ancienne du groupe de la famille sémitique, qui comprend les Assyriens, les Babyloniens, les Chaldéens, Syriens, les Hébreux et les Arabes. En fait, une grande partie de l'hébreu et de l'arabe est emprunté à l'araméen, y compris l' alphabet. L'hébreu moderne en manuscrit (carré) est appelé "Ashuri", "Ashuri" est le nom hébreu pour assyrien, le nom étant utilisé pour signifier l'ancêtre des Assyriens, Assur, fils de Sem, fils de Noé (Genèse 10,22). Araméen est cité dans le premier livre de la Bible, Berisheth (Genesis) du chapitre 31:47. En fait, de nombreuses parties de l'Ancien Testament sont parqués à l'origine en araméen, y compris Daniel chapitre 2:04 à travers le chapitre 7.

Tel Dan inscriptions. 

Medium: stèle de basalte .  Date approximative: 9ème-8ème siècle avant J.-C. Lieu de découverte: Tel Dan, Galilée, en Israël.  Situation actuelle: Musée d'Israël, Jérusalem

Les premières inscriptions connues de la date d'araméen à la fin du Xe ou au début du IXe siècle avant J.-C. Dans une vague phénoménale de l'expansion, la propagation araméen sur la Palestine et de la Syrie et de vastes étendues de l'Asie et de l'Egypte, en remplacement de nombreuses langues, y compris l'akkadien et en hébreu. Pour environ un millier d'années, il a servi comme langue officielle et écrite du Proche-Orient, officiellement en commençant par les conquêtes de l'empire assyrien, qui avait adopté l'araméen comme langue officielle, en remplacement de l'akkadien.

L'Empire assyrien.

Pendant le Chaldéen plus tard (néo-babylonien) et en persan conquêtes, l'araméen était devenu le moyen d'échange international. Malgré les influences hellénistiques, en particulier dans les villes, qui ont suivi les conquêtes d'Alexandre le Grand de Macédoine, l'araméen est resté la langue vernaculaire des peuples conquis en Terre Sainte, la Syrie, la Mésopotamie et les pays limitrophes. Il a cédé seulement à l'arabe au IXe siècle, deux siècles plus complètes après les conquêtes islamiques de Damas en 633, et de Jérusalem en 635. Araméen n'a jamais été totalement supplanté par l'arabe. Araméen avait été adopté par les Israélites déportés de Transjordanie, exilé de Basan et en Galaad, en 732 avant JC par Téglathphalasar III, les tribus du royaume du Nord par Sargon II qui prit Samarie en 721, et les deux tribus du royaume du Sud, Juda qui ont été pris en captivité à Babylone par Nabuchodonosor en 587. Par conséquent, les Juifs qui sont revenus de la captivité babylonienne apporté araméen avec eux en Terre Sainte, et cela a continué à être leur langue maternelle tout au long de la durée de vie Eshoo Mshikha.

L'inscription araméenne de la tombe de l'abbé a été découvert au nord de la Vieille Ville de Jérusalem. Sur le mur au-dessus du référentiel est une inscription en araméen dans les anciennes lettres hébraïques (très rare dans la période du Second Temple) qui se lit comme suit:

Moi, Abba, fils du prêtre 
Eleaz (ar), fils d'Aaron, le haut (prêtre), 
I, Abba, les opprimés 
et les persécutés (?), 
qui est né à Jérusalem, 
et partit en exil en Babylonie 
et amené ( à Jérusalem) Mattathi (ah), 
fils de Jud (ah), et l'a enterré dans une 
grotte que j'ai acheté par acte

Au cours de la période hellénistique des Séleucides, l'araméen a cessé d'être une langue uniforme, lorsque divers dialectes ont commencé à se former, en raison des influences régionales de prononciation et le vocabulaire. Certains de ces dialectes sont devenus langues littéraires après les écarts ont augmenté. La langue, désormais divisé en une branche de l'Est, avec un certain nombre de dialectes, et une branche de l'Ouest avec ses dialectes, mais qui ont toutes maintenu une grande similitude.

Coins araméens de Judée; AD 132-135 AD De la période de la 2ème révolte.

AVERS : lyre à cordes Cinq entouré par inscription en araméen: SHNT AHT LGALT YSRAL . (première année pour la liberté d'Israël) REVERSE : branche de palmier dans une couronne entourée d'inscription en araméen: SHMOWN NSYA YSRAL (Shimon le prince d'Israël), le tout dans le cercle en pointillés .


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Une lettre araméen de Simon Bar Kochba à Yehonathan bar Be'aya, écrit pendant la révolte juive 132-135.

Araméen peut être daté de cinq périodes, datant inscriptions qui remontent au premier millénaire avant JC:

  • Vieux araméen, 925-700
  • Officiel ou Imperial (Assyrian) araméen, 700-200 (lorsque la langue est toujours uniforme)
  • Moyen-araméen, 200 avant JC - 200 après JC
  • Araméen tardif, 200-700
  • Moderne araméen, 700 à nos jours

Inscription en araméen dans la salle de prière de la synagogue de Ein Gedi, Mer Morte, en Israël. AD 3ème siècle

L'araméen dans lequel la Bible appelle "Assakhta Peshitta" est écrit, connu sous le nom Peshitta texte, est dans le dialecte du nord-ouest Mésopotamie telle qu'elle a évolué et a été hautement perfectionné en Orhai, une fois une ville-royaume, appelé plus tard Edesse par les Grecs, et maintenant appelée Urfa en Turquie. Harran, la ville de frère Nahor d'Abraham, se trouve à 38 km au sud-est de Orhai. La grande colonie de Juifs Orhai, et les colonies juives en Assyrie dans le royaume d'Adiabène dont la maison royale s'était converti au judaïsme, possédaient plus de la Bible dans ce dialecte, le Peshitta Tanakh.

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Edessa Citadelle Mont avec une inscription en araméen dans Estrangela scénario .

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Edessan pièce représentant le roi Abgar Ukkama, premier roi chrétien du monde.

Cette version Peshitta de l'Ancien Testament a été repris par toutes les Eglises de l'Est, qui a utilisé et utilisent encore l'araméen, aussi loin que l'Inde, et anciennement au Turkestan et en Chine. Le Peshitta Tanakh a été achevée au cours de l'époque apostolique avec les écrits du Nouveau Testament.

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Hsian-Fu (Xian) Monument commémorant l'arrivée du christianisme en Chine en 635-781 AD

Média: Noir calcaire, sous-granulaire .  Date approximative: 781 AD  Lieu de découverte: Hsian-Fu, Province Shanhsi, en Chine.  Situation actuelle: Pei-Lin, Chine

Cette forme littéraire de l'araméen oriental a été prononcé différemment dans les pays occidentaux sous la domination romaine et byzantine son successeur, et est devenu le dialecte «occidental», influencé par la grammaire et le style grec. Dans l'(persan) Empire parthe, la langue a conservé son style archaïque, la syntaxe et de la prononciation.

  

Inscriptions en araméen et chinois du Monument Hsian-Fu:

En plus de célébrer l'arrivée du christianisme en Chine en l'an 635, les inscriptions se composent d'un mille neuf cent caractères chinois et une cinquantaine de mots araméens (dans le script Estrangela), contenant quelques soixante-dix noms de missionnaires assyriens en rangées sur les côtés de la pierre avec les caractères chinois correspondants indiquant les synonymes chinois ou phonétique des noms assyriens.

Les Grecs avaient appelé araméen par un mot qu'ils ont inventé, «syriaque», et ce terme artificielle a été utilisée dans l'Ouest, mais pas dans l'Est, où il a toujours été connu par son nom, «Lishana Aramaya» (la langue araméenne) . Moderne araméen oriental a seize dialectes parlés par les chrétiens et les juifs, et un dialecte occidental largement parlé. Moderne araméen occidental est parlé dans trois petits villages au nord de Damas, mais sous une forme très hétérogène avec des mots empruntés à l'arabe et le turc.

Les manuscrits chrétiens en araméen oriental sont écrits dans l'ancien script appelé Estrangela (rond, trapu), sans marques de voyelles. Après le cinquième siècle de notre ère, deux écritures différentes développés. En Occident, un script (dont la moitié des lettres ne ressemblent plus à la Estrangela), appelé «Serto» (strophe) est utilisé, avec cinq lettres capitales grecques pour les voyelles, écrit de son côté, au-dessus ou en dessous des lettres. Dans le script de l'Est, appelé «Madinkhaya '(Est) ou« Swadaya »(contemporain), seulement cinq des vingt-deux lettres ont été légèrement modifiés. Pour indiquer les sept voyelles, il ya des accents différents, avec deux courses différentes pour indiquer les demi-voyelles, ressemblant à des systèmes juives de Tibériade ou de Babylone.

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Une représentation graphique des différents scripts utilisés par les Assyriens. La première ligne est la Estrangela script de l'Est, le second est le script Estrangela occidentale. La troisième ligne est le script orientale moderne (Swadaya) et la dernière ligne est le script occidentale moderne (Serto).

L' araméen moderne, dans ses divers dialectes, est parlé dans l'actuel Irak, l'Iran, la Syrie, Israël, le Liban et les différents pays occidentaux pour qui les locuteurs natifs ont émigré, dont la Russie, l'Europe, l'Australie et les États-Unis.

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Cette mosaïque exquis a été découvert dans l'ancienne synagogue de Hamat Gader et a été restauré par l'Autorité des Antiquités d'Israël. Inscriptions en araméen sur la mosaïque témoignent de l'importance de Hamat Gader, une ville réputée pour ses thermes pendant la période romaine. Les inscriptions exprimer ma gratitude pour les contributions financières soulevées dans tout le pays pour construire la synagogue.

Eglises qui utilisent encore l'araméen comme langue liturgique comprennent l'Eglise d'Orient, l'Eglise catholique chaldéenne, l'Église syriaque orthodoxe, l'Église catholique syriaque, et l'Eglise catholique maronite.

 

Paul D. Younan

06/01/2000

Source : http://www.peshitta.org/initial/aramaic.html

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