Le Dalaï Lama et le moustique

Pendant un atelier, un participant a posé la question suivante :

« Est-ce que le Dalaï Lama n’est pas en train d’enfreindre la loi de la compassion s’il tue un moustique qui atterrit sur sa joue ? »

Voici un article sur la façon dont nous pouvons regarder ces questions de la mort et de la violence, deux choses inséparables de notre expérience dans ce monde.

J'ai songé à notre jolie fable du moustique et du Dalaï Lama, et je voudrais rassurer quiconque craint devoir tuer un moustique de la même façon, que vous serez toujours le grand bienvenu au Ciel, même s'il vous arrive par intention malveillante de mettre fin aux jours d’un pauvre insecte.

« On ira tous au Paradis... » et ce n'est pas juste une chanson, non. Mais le doute au sujet de notre intention révèle le problème du fond de notre espritnous pensons être des assassins en herbe, et le moustique est juste un petit exemple de notre capacité de tuer.

Personne ici n’échappe au sentiment qu’il peut tuer, même s’il ne s’agit que d’une araignée ou d’une limace.
Est-ce que ça fait de nous des égoïstes, voire des meurtriers, manquants de compassion ?

Pour trouver la réponse à cette question, nous devons explorer l’origine du problème dans
l’esprit.



Le principe fondamental d’Un cours en miracles est que la destruction du Ciel (que nous croyons avoir provoquée en nous séparant mentalement de l’esprit Un) ne s’est jamais produite pour de vrai, mais uniquement en rêve. Ceci est le principe de « l’Expiation » :

" rien n’est arrivé à l’Unité parfaite."

Le soi-disant crime de cette séparation qui sous-tend ce monde, une pièce de théâtre malheureuse jouée et rejouée dans une infinitude de différentes formes, ne reflète pas une condition réelle chez nous. Ce que nous craignons avec notre mise à mort du moustique – une autre forme de ce même jeu – est que notre vraie culpabilité cosmique sera mise en évidence, le signe de notre véritable condition de faute et de notre caractère d’assassin. Mais notre parfaite innocence reste, et restera à jamais, intacte. Rien ne s’est passé. Le crime dont on s’accuse, et que l’on répète dans ce monde encore et encore, n’est pas réel.

Dans ce monde, il y a des erreurs, certes, mais pas de péchés. Une erreur, nous apprend le Cours, appelle à une rectification et non pas à un châtiment. (Nous ne parlons pas sur le plan de notre comportement, bien sûr, mais de notre attitude.) La différence est très importante.

Une erreur ne produit pas de conséquences réelles dans l’esprit, tandis qu’un péché change durablement la réalité pour le pire. Un péché ne peut être pardonné, car ce qui est fait ne peut pas être défait.
Par contre, nous reconnaissons une erreur de par l’insignifiance de son résultat. Quelque chose peut bien arriver dans ce monde, mais rien ne peut affecter la Paix demeurant éternellement dans l’esprit de chacun. Et le souvenir de cette Paix reste disponible à chaque instant, malgré les circonstances extérieures.

Il est impossible d’apprécier la différence entre un péché et une erreur tant que notre perception
reste rivée dans ce monde de formes. Dans ce cas, nous n’échapperons pas à la conclusion que les choses réelles ont été changées avec une conséquence dramatique pour les personnes et les êtres concernés (le moustique, dans notre exemple). Pour comprendre la vraie nature du pardon, nous devons faire l’effort de basculer notre attention en dehors des êtres, des objets et des formes du monde, vers leur réalité spirituelle. Le terme qu’utilise le Cours est « l’abstraction de l’esprit », notre état naturel. Les choses restent intactes, non pas ici sur terre, mais dans l’esprit abstrait, en dehors du temps et de l’espace. Là, tout reste parfaitement en sécurité, à jamais. 

Il n’est pas facile à faire ce basculement d’esprit, mais il est possible. En fait, c’est la seule
réponse possible et censée par rapport aux événements de la vie ici. Toute autre réponse finira
par nous mener vers la séparation, la mort, et la culpabilité. Nous pouvons faire ce choix
malheureux, de penser que des choses réelles se passent ici. Mais nous ne trouverons jamais la paix ou la quiétude de l’esprit, et nous ne serons jamais dans le juste.

Il est vrai que des choses très malheureuses et regrettables arrivent ici. Ce monde n’est pas un
endroit où viennent des gens bienveillants mais des esprits qui veulent expérimenter une
séparation d’avec l’Amour et l’Unité (les "gens gentils" restent à la Maison, dans l’Unité !). L’idée
de la séparation provoque une confusion totale par rapport à notre identité. De notre état pur et impeccable dans l’esprit, nous pensons être devenus des êtres coupables et fautifs, avec un besoin de nous défendre et d’attaquer. Et personne n’échappe à la conséquence de ces
sentiments.

Nous avons tous fait des erreurs ici, et nous en ferons encore d’autres. La différence est que,
avec une bonne compréhension des erreurs, nous pouvons éviter le jugement envers ceux qui
commettent des fautes. Nous pouvons, à la place de notre jugement, ressentir la compassion et la bienveillance. Et chaque petite pensée de patience et de compréhension envers une autre
personne dans la confusion nous sera retournée dix fois. Nous ressentirons ce même
relâchement de la prison que nous offrons aux autres.

Donc, si un jour vous êtes assis à côté du Dalaï Lama et « clac », soudain il s’en prend à un
pauvre moustique, vous pouvez rester dans cette conscience tranquille et bienveillante. Peut-être est-il tombé dans un instant de démence, pensant que sa séparation d’avec l’Infinitude était réelle, et voulait-il faire payer cet insecte pour ce crime dont il pense être responsable. Ou peut-être sait-il simplement qu ’ici est un monde où nous ne pouvons pas éviter de tuer des choses, et il fait son geste avec autant de compassion et de compréhension que possible. S’il tue sans projection de haine, sans l’intention de vouloir faire mal, alors il poursuit juste la façon de ce monde.

Nous ne pouvons pas éviter la mort dans ce monde d’illusions. La mort nous entoure à chaque instant, malgré les apparences de vie. Tous les jours, chaque être en tue une multitude d’autres pour sa survie. Nos maisons grouillent de bestioles qui s’entretuent pour exister. Quand nous marchons sur l’herbe nous laissons derrière nous un génocide d’insectes, et les racines des beaux arbres de nos forêts luttent sans merci sous terre pour pousser toujours plus grands, et pour occulter les autres. Et nous, les êtres humains, nous pouvons toujours essayer d’atténuer notre instinct de tuer en mangeant sans viande, nous consommons des légumes qui étaient des êtres vivants avant que nous mettions fin à leurs vies. La mort est "naturelle"dans cette vie, et nous ne pouvons pas l’éviter. Mais ça n’a aucune importance. Aucune conséquence.

Ce monde n’est pas notre vrai foyer, ni la vraie Vie. C’est une illusion. Et dans cette illusion les choses semblent mourir. Mais rien ne meurt véritablement. La vraie vie perdure dans cet endroit que le Cours appelle le « Ciel », un état réel de perfection et d’harmonie en dehors du temps et de l’espace.

« Il n’y a pas de vie en dehors du Ciel. »

Les choses meurent ici, oui, mais pas des choses vivantes. Il n’y a pas de vraie vie dans une illusion, mais une apparence de vie. Pour notre petit soi, pensant vivre ici, ceci est un choc énorme ; mais pour notre grand Soi, vivant en dehors du temps et de l’espace, c’est le souvenir d’une liberté et d’une joie infinie.

Quelle est l’importance de la mort d’un moustique pour nous ? Nous pouvons utiliser toutes nos pensées de culpabilité pour nous mener plus profondément dans l’esprit, pour retrouver les traces de la vraie Vie. Un doux rappel vient de notre enseignant intérieur, nous chuchotant une belle nouvelle… Il va nous rappeler la vraie existence, qui n’est pas ici. Et là, rien ne meurt. Tout vit à jamais.


Au-delà du corps, par-delà le soleil et les étoiles, passé tout ce que tu vois et pourtant vaguement familier, il est un arc de lumière dorée qui s'étire devant toi en un grand cercle resplendissant. Et tout le cercle se remplit de lumière sous tes yeux. Les bords du cercle disparaissent, et ce qui est à l'intérieur n'est plus du tout contenu. La lumière s'étend et recouvre tout, allant jusqu'à l'infini et brillant à jamais, sans rupture ni limite nulle part. À l'intérieur tout est joint en parfaite continuité. Il n'est pas possible non plus d'imaginer qu'il pourrait y avoir quoi que ce soit à l'extérieur, car nulle part cette lumière n'est pas.
(T-21.I.8:1-6)

Bernard Groom

Source : https://cfucem.files.wordpress.com/2014/09/article-le-dalac3af-lama...

In-fini...

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