(12) L’Esprit Universel : la voix de tous les hommes fondue dans une conscience cosmique... vers l’Unité.

Ce "travail" devait être la réalisation de la conscience cosmique ou Unité, et l'exploration des plans de conscience au-dessus du mental ordinaire, ou Supraconscient, qui allait mettre Sri Aurobindo sur la piste du Grand Secret. Ce qui m'arriva pendant cette période, je ne suis pas poussé à le dire, sinon que jour après jour, Il me montra Ses merveilles... Pendant douze mois d'emprisonnement, jour après jour, Il me donna la Connaissance.

(...) Car, en vérité, Dieu n'est pas en dehors de Son monde, Il n'a pas "créé" le monde - Il est
devenu le monde, dit l'Upanishad : "Il est devenu la connaissance et l'ignorance. Il est devenu la vérité et la fausseté... Il est devenu tout ce qui est" (Taîttiriya Upanishad II.6).

(...
)

Il faut regarder en face la réalité, courageusement, et voir que c'est Dieu, et nul autre, qui a fait ce monde dans son être et qu'Il l'a fait tel qu'il est. Il faut voir que la Nature dévorant ses enfants, le Temps qui se repaît de la vie des créatures, la Mort universelle et inéluctable, et la violence des forces de Roudra* dans l'homme et dans la Nature, sont aussi la Divinité suprême sous l'un de ses aspects cosmiques. Il faut voir que Dieu le créateur prodigue et bienfaisant, Dieu qui garde et qui sauve, la miséricorde puissante, est aussi Dieu qui dévore et Dieu qui détruit. Le tourment du lit d'angoisse et de mal sur lequel nous sommes écartelés est de Sa main, autant que la joie et la douceur et le plaisir. C'est seulement quand nous voyons avec l'œil de l'union complète et que nous sentons cette vérité jusqu'au tréfonds de notre être, que nous sommes capables, alors, de découvrir entièrement, derrière ce masque, le calme et beau visage de Celui qui est toute-félicité, et de sentir dans la main qui met notre imperfection à l'épreuve, la main de l'ami et du constructeur de l'Esprit dans l'homme. Les discordes des mondes sont les discordes de Dieu et c'est seulement en les acceptant et en progressant à travers elles que nous serons capables d'arriver aux hautes concordes de sa suprême harmonie et aux sommets, aux immensités vibrantes de son Ânanda* transcendant et cosmique... Car la vérité est le fondement de la vraie spiritualité, et le courage est son â
me.

(...)

Pourtant, un abîme reste encore, entre cette imperfection, divine peut-être, et l'ultime Perfection; ce Divin cosmique n'est-il pas un Divin amoindri? n'est-ce pas ailleurs qu'il faut tendre, vers un Divin non-souillé, transcendant et parf
ait? Peut-être existe-t-il une opposition entre la vie spirituelle et la vie du monde, mais c'est pour jeter un pont sur cet abîme que le chercheur intégral est ici; il est ici pour faire de cette opposition, une harmonie. Peut-être le monde est-il gouverné par la chair et le diable, mais raison de plus pour que les fils de l'Immortalité viennent ici-même conquérir le monde pour Dieu et Pour l'Esprit. Peut-être la vie est-elle une insanité, mais justement tant de millions d'âmes attendent qu'on leur apporte la lumière de la raison divine; peut-être est-ce un rêve, mais c'est un rêve réel tant qu'on est dedans, réel pour tant de rêveurs à qui l'on doit apprendre à rêver des rêves plus nobles ou à se réveiller; et si c'est un mensonge, alors il faut donner la vérité à ceux qui sont trompés.

(...)

Ce monde n'est pas fi
ni, il devient, c'est une conquête progressive du Divin par le Divin pour le Divin, afin de devenir le plus sans fin que nous devons être. Notre monde est en évolution et l'évolution a un sens spirituel :

 
       La terre aux millions de routes peinait vers la divinité.

Que savons-nous vraiment du grand voyage terrestre? Il nous paraît tortueux, cruel, impur, mais nous sommes tout juste nés! Nous sommes à peine sortis de la Matière, boueux, petits, souffrants, comme un dieu dans une tombe et qui ne sait plus, et qui cherche, qui se cogne partout, mais quelle autre naissance, quelle mémoire revenue, quel pouvoir retrouvé, n'attendent-ils pas plus loin sur notre chemin? Ce monde est en route, nous ne savons pas encore tout le conte.

(...)

Et ce "moi", ce "je" qui proclame son Identité avec Dieu, n'est celui d'aucun individu privilégié - comme s'il y avait encore place pour un petit je personnel et exclusif dans cette éclatante ouverture, comme si le sage des Upanishads, les rishis ou le Christ, avaient annexé pour eux seuls la filiation divine -, c'est la voix de tous les hommes fondue dans une conscience cosmique et nous sommes tous les fils de Dieu.

Il y a deux façons de faire cette Découverte, ou deux étapes. La première est de découvrir l'âme, l'être psychique, éternellement une avec le Divin, petite lumière de cette grande Lumière : L'Esprit qui est ici-bas dans l'homme et l'Esprit qui est là-bas dans le Soleil, en vérité sont un seul Esprit et il n'en est pas d'autre", dit l'Upanishad; "Celui qui pense "Il est autre et je suis autre", il ne sait pas. C'est cette découverte de l'Esprit dedans, que les Védas, il y a quelque six ou sept mille ans, appelaient "la naissance du Fils" : "Nous l'avons vue, sa masse de rouge ardent - un grand dieu dedans a été délivré de l'obscurité" (Rig-Véda V.1.2) et dans un langage éblouissant de puissance, les rishis affirmaient l'éternelle Identité du Fils et du Père, et la transmutation divine de l'homme.

Et de la seconde où
nous sommes né, nous voyons que cette âme en nous, est la même dans tous les êtres humains, et non seulement dans les êtres, mais dans les choses, latente, non-révélée.

(...)

Quand nous avons ouvert les portes du psychique, un premier stade de la conscience cosmique se dévoile. Mais le psychique qui grandit, la conscience-force qui s'individualise et devient de plus en plus compacte, serrée dedans, ne se satisfait pas longtemps de cette étroite forme individuelle; se sentant Une avec Cela, elle veut être vaste comme Cela, et retrouver sa Totalité innée.(...) Sans cette semence au fond, rien ne bougerait, parce que rien n'aurait besoin de rien - c'est le Besoin du mond
e. C'est notre être central. C'est lui le frère de lumière  qui surgit parfois quand tout semble désespéré, la mémoire ensoleillée qui nous tourne et nous retourne, et ne nous laissera point de repos que nous n'ayons retrouvé tout notre Soleil. C'est notre centre cosmique comme le psychique était notre centre individuel. (...) Les murs qui emprisonnaient notre être conscient sont abattus, renversés; tout sentiment d'individualité et de personnalité est perdu, toute impression de situation dans l'espace et dans le temps ou dans l'action et dans les lois de la Nature, disparaît; il n'y a plus d'ego, plus de personne définie et définissable, seulement la conscience, seulement la paix et la béatitude, on devient l'immortalité, devient l'éternité, devient l'infinitude. De l'âme personnelle, il ne reste qu'un hymne de paix et de liberté, une béatitude qui vibre quelque part dans l'Eternel.

(...)

Mais Sri Aurobindo n'était pas homme à se contenter de rêveries cosmiques. L'authenticité de l'expérience, et son efficacité pratique, peuvent immédiatement se vérifier par un test très simple, c'est l'apparition d'un nouveau mode de connaissance, par identité - on connaît une chos
e parce que l'on est cette chose.

(...) La vraie connaissance ne s'obtient
pas par la pensée, dit Sri Aurobindo. C'est ce que vous êtes, ce que vous devenez. (...) Rien ne peut être appris à l'intelligence qui ne soit déjà secrètement connu, en puissance dans l'âme qui s'épanouit. De même, toute la perfection dont l'homme extérieur est capable, n'est que la réalisation de l'éternelle perfection de l'Esprit qui est en lui. Nous connaissons le Divin et devenons le Divin parce que déjà nous Le sommes dans notre nature intime. Tout enseignement est une révélation, tout devenir, une éclosion. La découverte de soi est le secret; la connaissance de soi et une conscience toujours plus large sont le moyen et le procédé.

 

SRI AUROBINDO ou l'aventure de la conscience     Satprem   (p.176-189)

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Commentaire de Anne le 7 mars 2016 à 11:39

Merci Monique, pour cette référence.

Il est tellement important d'intégrer, de transmuter le moi de la dualité, dans la Conscience cosmique, quantique... qui est notre Nature véritable et que les êtres humains sont appelés à retrouver, en cette ère de Transformation, Transition vers l'Unité, intérieure, extérieure...

Commentaire de monique le 6 mars 2016 à 9:47

Pour parfaire cette belle démonstration à laquelle j'adhère, il y a un livre de Karen Ledrian, "Intégration", qui développe très bien, avec explications à la clé, ce texte, je le recommande

Commentaire de Anne le 26 février 2016 à 21:41

Accepter ce qui est (soi-disant beau, soi-disant laid, qui le sait ?) mène à la paix.               Tout à fait d’accord, Juliette!

Accepter ce qui est, c’est avant tout accepter tous ses ressentis. Accepter avec attention et pleine présence, avec bienveillance, tout autant ses sensations de tristesse, de souffrance, que celles de joie, de plaisir. En traversant en conscience, toute cette réalité de dualité, nous élevons notre taux vibratoire. Alors, nous constatons que toute notre énergie s’est réunifiée en un état de paix et de félicité... 
Après le chaos, vienne l’harmonie dans le monde, par le pouvoir de la conscience!...

Commentaire de Juliette le 26 février 2016 à 13:51

Dramatiser l'horreur, c'est se noyer dedans. Déceler la beauté que peut cacher l'horreur, c'est sortir de la souffrance.  Accepter ce qui est (soi-disant beau, soi-disant laid, qui le sait ?) mène à la paix.

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