(14) L'Ascension de la Conscience : "heureux si chacun trouve l'indice qui éclairera son propre chemin."

Il ne suffit pas de dire en quoi consiste la découverte de Sri Aurobindo, nous devons encore savoir comment elle est accessible pour nous. Or il est bien difficile de donner un schéma et d'affirmer : "Voilà le chemin", parce que le développement spirituel est toujours adapté à la nature de chacun - et pour cause, il ne s'agit pas d'apprendre une étrangeté, mais de s'apprendre soi-même, et il n'y pas deux natures semblables : L'idéal que se propose notre yoga ne peut pas lier toute la vie spirituelle, ni toutes les recherches spirituelles. La vie spirituelle ne peut pas se formuler en une définition rigide, ni s'enfermer dans une loi mentale invariable; c'est un énorme champ d'évolution, un immense royaume potentiellement plus vaste que les autres royaumes du dessous, avec des centaines de provinces, des milliers de types, de stades, de formes, de chemins, de variations dans l'idéal spirituel et de degrés dans la progression spirituelle. Nous pouvons donc seulement donner quelques points de repère, heureux si chacun trouve l'indice qui éclairera son propre chemin. Il faudrait toujours se souvenir que le vrai système de yoga consiste à attraper le fil de sa propre conscience, ce "fil brillant" dont parlaient les rishis (Rig-Véda, X.53), et de s'y accrocher et d'aller jusqu'au bout.

La conscience cosmique et le Nirvana ne nous apportant pas la clef évolutive que nous cherchons, nous reprenons notre enquête, avec Sri Aurobindo, au point où il l'avait laissée à Baroda avant ses deux grandes expériences. L'ascension dans le Supraconscient est la première étape. À mesure que le chercheur établit le silence mental, qu'il pacifie son vital, qu'il se libère de son absorption dans le physique, la conscience se dégage des mille activités où elle était indiscernablement fondue, éparpillée, et elle acquiert une existence indépendante, nous l'avons dit. C'est comme un être dedans, une Force qui vibre, de plus en plus intense. Et plus elle grandit, moins elle se satisfait d'être enfermée dans un corps; nous nous apercevons qu'elle rayonne, dans le sommeil d'abord, puis dans nos méditations, puis les yeux grands ouverts. Mais ce mouvement latéral, si l'on peut dire, dans le Mental universel, le Vital universel, le Physique universel, n'est pas son seul mouvement. Elle veut monter. Cette poussée ascendante n'est même pas nécessairement le fruit d'une discipline consciente, ce peut être un besoin naturel, spontané (il ne faudrait jamais perdre de vue que notre effort en cette vie est seulement la continuation de bien d'autres efforts en bien d'autres vies, d'où l'inégalité du développement des individus et l'impossibilité de fixer des règles). Instinctivement, on peut sentir quelque chose au-dessus de la tête, qui nous tire, comme un espace, ou une lumière, ou comme un pôle qui est la source de tous nos actes et nos pensées, ou comme une zone de concentration au sommet du crâne. Le chercheur n'a pas fait taire son mental simplement pour le plaisir d'être comme une souche, son silence n'est pas mort, il est vivant; il est branché là-haut parce qu'il sent que ça vit là-haut. Le silence n'est pas une fin, c'est un moyen, comme le solfège pour attraper la musique, et il est bien des musiques. Jour après jour, à mesure que sa conscience se concrétise, il a des centaines de minuscules expériences, presque imperceptibles, qui jaillissent de ce Silence au-dessus : il ne pense à rien et, soudain, une pensée le traverse - pas même une pensée, un déclic - et il sait exactement ce qu'il doit faire, comment il doit le faire, dans les moindres détails, comme les pièces d'un puzzle qui s'assemblent en un clin d'œil, et avec une certitude massive (en dessous, c'est l'incertitude totale; toujours ce peut être autre chose); ou bien un petit choc vient le frapper : "Va voir untel", il va et "par hasard" cette personne a besoin de lui; ou "Ne fais pas cela", il persiste et fait une chute grave; ou, sans raison, il est poussé vers tel endroit et il rencontre exactement les circonstances qui devaient l'aider; ou tel problème se pose, il reste immobile, silencieux, appelle en haut, et la réponse vient, claire, irréfutable. Ou s'il parle, s'il écrit par exemple, il peut sentir très concrètement une étendue au-dessus, d'où il tire la pensée, comme le fil d'un cocon lumineux - il ne bouge pas; simplement, il se tient sous le courant et il transcrit; rien ne se passe dans la tête. Mais s'il y mêle le moindrement son mental, tout s'évanouit, ou plutôt se fausse, parce que le mental cherche à copier les intimations (c'est un singe invétéré) et il prend ses feux follets pour des illuminations. Et plus le chercheur apprendra à écouter en haut, à suivre ces intimations (qui ne sont pas impérieuses, pas bruyantes, qui sont à peine perceptibles, comme un souffle, à peine pensées, senties seulement, mais terriblement rapides), plus elles deviendront nombreuses, exactes, irrésistibles; et peu à peu, il voit que tous ses actes, les moindres actes, peuvent être souverainement guidés par cette source silencieuse au-dessus; que toutes ses pensées sont issues de là, lumineuses, sans discussion; qu'une sorte de
connaissance spontané
e se fait jour en lui. Il commence à vivre des petits miracles continus. Si seulement les hommes entrevoyaient les joies infinies, les forces parfaites, les horizons lumineux de connaissance spontanée, les calmes étendues de notre être, qui nous attendent sur les pistes que notre évolution animale n'a pas encore conquises, ils quitteraient tout et n'auraient de cesse qu'ils n'aient gagné ces trésors. Mais le chemin est étroit, les portes difficiles à forcer, et la peur, le  doute, le scepticisme sont là, tentacules de la Nature qui nous interdisent de quitter les pâtures ordinaires.

Une fois que cette étendue là-haut sera devenue concrète, vivante, comme une plage de lumière au-dessus, le chercheur sentira le besoin d'entrer en communication directe, et de jaillir au large, car il sentira aussi, avec une acuité croissante, que la vie du dessous, le mental du dessous, sont étroits, mensongers, une sorte de caricature; il aura l'impression de se cogner partout, de n'être nulle part chez lui, et que tout est faux, grinçant, les mots, les idées, les sentiments; que ce n'est pas ça, jamais ça - c'est toujours à côté, toujours à peu près, toujours en dessous. Parfois, dans le sommeil, comme un signe avant-coureur, nous serons peut-être pris dans une grande lumière éblouissante, si éblouissante qu'instinctivement on se voile les yeux
- le soleil est sombre dans ces cas-
là, constate la Mère. Alors il faudra faire grandir, grandir cette Force dedans, cette Conscience-Force qui tâtonne vers le haut, la pousser par notre besoin d'autre chose, d'une vie plus vraie, d'une connaissance plus vraie, d'une relation plus vraie avec le monde et les êtres - notre plus grand progrès est un besoin qui s'approfondit; refuser toutes les constructions mentales qui à chaque instant essaient d'accaparer le fil lumineux; se garder en état d'ouverture, être trop grand pour les idées. Parce que ce n'est pas d'idées dont nous avons besoin, mais d'espace. Non seulement il faut briser le piège du mental et des sens, mais fuir le piège du penseur, le piège du théologien et du fondateur d'Église, les filets de la Parole et l'esclavage de l'Idée. Tout cela est en nous, prêt à emmurer l'Esprit dans les formes; mais nous devons aller toujours au-delà, toujours renoncer au moindre pour le plus grand, au fini pour l'Infini; nous devons être prêts à avancer d'illumination en illumination, d'expérience en expérience, d'état d'âme en état d'âme... Et n'être attachés à rien, pas même aux vérités auxquelles nous tenons le plus solidement, car elles sont des formes seulement et des expressions de l'Ineffable, et l'Ineffable refuse de se limiter à aucune forme, aucune expression; toujours, nous devons rester ouverts à la Parole d'en haut qui ne s'enferme pas dans son propre sens et à la lumière de la Pensée qui porte en soi ses propres contraires. Puis un jour, à force de besoin, à force d'être comme une masse comprimée, les portes s'ouvriront : La conscience s'élève, dit la Mère, elle brise cette carapace dure, là, au sommet du crâne, et on émerge dans la lumière.

                                    
 Une blanche tranquillité ardente au-dess
us.

Cette expérience est le point de départ du yoga de Sri Aurobindo. C'est l'émergence dans le Supraconscient, le passage d'un passé qui nous ligote à un futur qui voit. Au lieu d'être en dessous, toujours sous un poids, on est au-dessus et on respire
: La conscience n'est plus enfermée dans le corps ou limitée par lui; elle sent qu'elle est non seulement au-dessus du corps, mais étendue dans l'espace; le corps  est en dessous de cette haute station et enveloppé dans la conscience élargie... il devient  seulement une circonstance dans la largeur de l'être et sa partie instrumentale... Quand cette haute station est définitivement établie, on ne redescend plus vraiment, sauf avec une fraction de la conscience qui peut venir travailler dans le corps ou aux niveaux inférieurs, tandis que l'être stationné en permanence au-dessus, dirige toute l'expérience et tout le trava
il.

SRI AUROBINDO ou l'aventure de la conscience     Satprem   (p.203-207)

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