Pendant le silence, assurez-vous de ne pas attendre la chose suivante car alors, vous ne seriez pas pleinement là. Ne pas attendre que la séance commence, mais être pleinement présent à ce moment-ci, au lieu de toujours le devancer. C’est l’ancien schéma mental. Ne pas attendre que quelque chose se passe. L’attente est un état mental, l’état mental habituel et la présence, c’est quand vous n’attendez plus le moment suivant, avec la croyance que le moment suivant sera plus satisfaisant que celui-ci. Étreindre profondément l’instant présent, le seul qui ait jamais existé. Aller à l’intérieur plus profondément.

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Si vous restez simplement à la surface de ce moment, vous ne trouverez en fait jamais le pouvoir qui y est caché. Et dans ce cas, le moment présent ne semblera jamais tout à fait suffisant, semblera toujours un peu trop insignifiant. « Eh bien, est-ce cela ? » Et vous attendez alors un moment important qui donne du sens à votre vie. Et beaucoup de gens passent toute leur vie à attendre que leur vie commence, quelle que soit l’expression qu’ils utilisent pour le décrire. Ils attendent l’arrivée de leur bateau. Je ne connais pas toutes les expressions que les gens utilisent.

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Toujours espérer quelque chose de plus important que ceci pour ne pas y être allé assez profondément. Et bien sûr, les moments importants provoquent habituellement des déceptions. Ce sont des moments dans lesquels vous vous êtes projetés parfois depuis très longtemps. « Quand je serai enfin marié, devant l’autel… » Il y a cette sorte de croyances populaires. Les médias continuent d’y souscrire également, comme beaucoup de gens. « Quand j’y arriverai, je serai comblé ! ». Et bien sûr, le jour du mariage, vous êtes complètement stressés. Des choses ne vont pas. Et tout le monde prend des photos en espérant qu’à un certain moment dans le futur, vous serez suffisamment en paix pour apprécier votre propre mariage alors que vous regarderez les photos.

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Et la même chose arrive quand les gens voyagent. C’est quelque chose d’important pour les gens. Ils attendent ce grand voyage. Pendant toute une année, vous attendez et c’est alors le départ. Cela commence dans le stress, comme d’habitude, et vous arrivez finalement à l’hôtel ou au premier hôtel. Et vous commencez à vous intéresser à ce qui est à voir. Vous avez un appareil photo.

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Et je parle en tant que personne qui ne rejette pas la photo. J’aime la photo. Mais la façon dont l’espèce qui est apparue sur la planète et qu’on appelle « les touristes » – c’est une espèce très particulière – ils regardent tout à travers l’oeil de leur appareil photo. C’est très étonnant quand vous voyez des groupes en train de faire leur visite d’anciens monuments, des cathédrales, des temples ou le paysage. Ils ne font pas l’expérience de la plénitude du moment présent. Ils regardent les choses, même quand l’appareil n’est pas à proximité, en se disant que ce serait une belle photo à faire. Et ils espèrent donc, à un certain moment, quand ils auront plus de temps, qu’ils pourront apprécier leur voyage.

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C’est évidemment pour le retour à la maison où ils regarderont les photos, parce que tout le voyage semble être fait pour la capture de ces images. Et ils ne font donc pas du tout l’expérience du moment présent. À nouveau, ils remettent les choses à plus tard. À nouveau, ils remettent les choses à plus tard en espérant accumuler suffisamment de photos, et de retour à la maison : « Oh, c’est là où nous sommes allés ». Il n’y a donc pas assez de temps pendant le voyage pour être pleinement là, parce qu’il faut prendre les photos. Incroyable ! Je vous suggère d’observer les touristes quand vous voyagez.

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Et les touristes sont enviés par certaines personnes du tiers monde tels des visiteurs d’une autre planète qui voyagent continuellement, boivent, mangent de la bonne nourriture et prennent des photos. On a demandé à certains paysans qui cultivent la terre en Thaïlande pourquoi ils accordaient l’aumône aux moines, pourquoi ils leur donnaient de la nourriture quand ils passent chaque jour avec leur bol. Et les paysans de répondre : « Nous donnons de la nourriture pour nous assurer un bon karma et une meilleure renaissance ». Ensuite, on leur a posé cette question : « Que voulez-vous d’une nouvelle naissance ? Qu’est-ce que vous voulez être dans votre prochaine incarnation ? ». Et certains ont répondu : « Nous voulons renaître en tant que touristes ».

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Ils ne se rendent probablement pas compte de combien les touristes sont stressés et malheureux. Ils ne voient que la surface des choses. Et quant aux touristes, s’ils ont acquis suffisamment de mérites, s’ils ont de la chance, ils se réincarneront en paysans thaïlandais et seront bien plus heureux.

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La même chose se produit avec l’incapacité à être pleinement où vous êtes, à faire consciemment et pleinement l’expérience de là où vous êtes, où que ce soit. C’est une chose étonnante. Une autre forme que cela prend, comme pour la photo, c’est le fait d’être submergé d’informations. C’est encore le cas pour les touristes, mais cela se passe dans beaucoup d’autres domaines de votre vie.

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Vous visitez un ancien temple, un musée, une cathédrale, n’importe quel monument ou vous êtes même dans la nature, et vous avez un guide, soit une personne, soit un appareil électronique sur vos oreilles, soit un manuel, l’utilisation traditionnelle qui s’est mise en place au XIXe siècle. Les gens ont voyagé avec des manuels. Vous expérimentez alors les choses à travers des informations. Et c’est très bien. C’est bon d’avoir des informations, de savoir à quand remonte la construction, quel est le contexte culturel, etc., mais il manque une dimension très importante, la pleine expérience véritable et immédiate du moment présent. Par exemple, vous ne faites pas l’expérience de l’ancienne cathédrale, mais vous expérimentez les informations dont vous êtes nourris à son sujet et non pas son essence. Si vous pouvez avoir les deux, c’est très bien. Mais s’il me fallait choisir entre avoir des informations concernant la cathédrale et expérimenter pleinement son essence, je choisirais l’expérience de son essence sans rien savoir à son sujet. C’est marcher dans cet espace, y être présent. . . Ce que cela demande, pour expérimenter pleinement un endroit, c’est un moment d’espace où l’information conceptuelle n’intervient pas dans votre expérience véritable du moment présent.

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Tant qu’il y a de l’information conceptuelle… – et elle a sa place. Elle est parfois très utile. À d’autres moments, très souvent, elle vous empêche d’aller plus profondément, de faire véritablement l’expérience de l’endroit ou l’essence d’un autre être humain. Si vous avez une connaissance conceptuelle concernant cet être humain, la soi-disant connaissance… – Cela peut être une pseudo-connaissance. Cette connaissance peut être constituée de vos opinions. Vous ne pouvez pas ainsi connaître l’autre être humain.

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Cela s’applique pour les endroits comme cela s’applique pour vous-mêmes. Ce que vous faites pour un endroit, l’obscurcir par de la connaissance, vous pouvez également vous le faire à vous-mêmes, ce qui est une tendance ordinaire. Il y a des tas de choses que vous savez à votre sujet ou que vous pensez savoir à votre sujet : des opinions, des points de vue, des jugements, des pensées. Ce ne sont finalement que des pensées. De cette façon, vous n’en venez jamais en réalité à la pleine expérience de la profondeur de qui vous êtes, soit de la même façon que vous ne faites pas l’expérience de la cathédrale, soit comme pour la magnifique forêt tropicale dans laquelle vous vous promenez en vous référant sans cesse à un manuel ou en ne faisant qu’écouter le guide.

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Oui, il y a de la connaissance intéressante. C’est intéressant, mais que ce soit intéressant est insuffisant. Si toute votre vie s’arrête à ce qui est intéressant, vous n’allez pas assez en profondeur pour trouver vraiment la plénitude profonde véritable du fait d’être vivant. L’intéressant a toute sa place. L’intéressant est relié à la connaissance. Vous morcelez ainsi la réalité en parties conceptuelles. C’est très bien. Cela a toute sa place si vous pouvez le faire quand c’est utile, mais sans être pris dans ce filet, ni empêché d’aller plus en profondeur, dans la profondeur véritable et le pouvoir cachés là-dessous.

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C’est donc le sort de nos contemporains et ce fut le sort de ceux qui nous ont précédés. Le dysfonctionnement était déjà répandu à l’époque du Bouddha, sans quoi l’enseignement n’aurait pas été nécessaire et la compréhension profonde du Bouddha que la vie est souffrance n’aurait pas été vraie. Alors déjà, pour la plupart des gens, la vie avait perdu sa profondeur et il y avait une déconnection chez les êtres humains d’avec qui ils sont au-delà de leur connaissance conceptuelle à leur sujet et au-delà de leur forme psychologique.

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C’est donc le dysfonctionnement, la maladie dont tout le monde souffre, un excès, pourrait-on dire, un excès d’activité mentale. L’activité mentale pourrait être très utile – et elle l’est toujours de temps en temps – mais il s’agit de pensées qui ont proliféré jusqu’au point de s’y perdre et l’on continue de s’y chercher soi-même. Cela a alors obscurcit le moment présent, le potentiel énorme qui se trouve là dans le moment présent.

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C’est simplement un résumé rapide de ce qui se passe en l’homme, de ce dysfonctionnement dont il a hérité, de l’incapacité à être véritablement et pleinement où vous êtes et à connaître l’état de vie de ce moment, quelle qu’en soit la forme, à aller en fait plus profondément que la forme. Donc, quand je voyage, quand vous visitez – pour y revenir un instant – quand je visite des endroits où les touristes se rassemblent et l’on ne peut les éviter de nos jours. Et bien sûr, vous vous transformez vous-mêmes en touristes parfois, par exemple lorsque vous prenez des photos. Parfois, je dis à Kim : « Oh, nous sommes des touristes maintenant ! ».

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Il s’agit de savoir… – Il n’y a pas de mal à prendre des photos. C’est une chose magnifique. Vous vous reliez à quelque chose et vous capturez ce moment. Mais cela vous empêche-t-il de faire pleinement l’expérience de l’endroit où vous êtes ? Et vous voyez alors des petits groupes avec un guide. Parfois, je passe à côté et j’écoute pendant deux minutes. Il y a tellement de choses que je ne savais pas concernant cet endroit et ils parlent, et parlent. Et je préfère toujours m’en aller et simplement expérimenter l’endroit, d’autant plus s’il s’agit de la nature.

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Je n’ai pas envie d’être surchargé de connaissance concernant la nature. Cela pourrait être bien pour certaines raisons, mais pour connaître l’état de vie d’un arbre, l’état de vie d’une plante, cela ne peut se faire au départ à travers l’écran des concepts. Quelle horrible perte si vous ne pouvez plus connaître cela autrement qu’à travers des concepts de deuxième, troisième, quatrième main.

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Je vous ai donc donné quelques exemples, mais cela ne s’applique pas seulement quand nous voyageons, visitons des endroits inconnus. Cela s’applique en fait à chaque moment de votre vie. Il s’agit donc essentiellement de savoir si, en ce moment qui est le seul qui existe, comme vous le savez peut-être… – Il n’y a toujours que maintenant. Si vous en doutez, vous pourrez le vérifier dans cinq minutes, voir si c’est toujours maintenant : « Ah oui, en effet ! ». Il s’agit essentiellement de savoir si l’état de vie du moment présent est obscurci par la conceptualisation dans votre tête, en d’autres termes par une activité mentale inutile qui n’ajoute rien à la richesse de l’instant.

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En fait, elle vous empêche de connaître véritablement la richesse du moment présent, non pas seulement sur le plan extérieur, quoi que vous perceviez dans l’instant, aussi un autre être humain avec qui vous interagissez dans l’instant, mais encore l’expérience de vous-mêmes dans le moment présent. Êtes-vous piégés dans la tête avec un sentiment de soi conceptuel ? C’est tout ce que vous savez à votre sujet, des pensées vous concernant. Et vous pouvez effectivement en savoir beaucoup à votre sujet ou au sujet d’une autre personne.

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Peut-être vous rappelez-vous, dans l’un des livres, je fais la différence entre « vous connaître vous-mêmes » et « connaître des choses à votre sujet ». Ce sont deux choses très différentes. Certaines personnes sont très intéressées d’en apprendre sur qui elles sont. Elles peuvent donc faire une psychanalyse. C’est peut-être la chose la plus approfondie que vous puissiez faire pour obtenir le plus d’informations possibles concernant des choses que vous ne saviez pas à votre sujet. Cela peut être très intéressant. Ça peut être intéressant : l’enfance et toutes ces choses. Il peut y avoir une révélation : « Je ne savais pas que j’étais malheureux en tant qu’enfant. Je pensais avoir été heureux ».

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Et tout à coup, votre psychanalyste vous dit ou vous vous rendez compte vous-mêmes que vous étiez malheureux. Nous ne savons même pas si c’est vrai. Cela pourrait être une projection, mais quoi qu’il en soit, si vous vous mettez à investiguer votre passé, vos motivations cachées, etc., vous apprenez des choses sur vous-mêmes. Et là encore, c’est de l’information conceptuelle et cela concerne l’entité conditionnée à laquelle la plupart des gens s’identifient comme étant eux-mêmes. Mais vous ne vous connaissez toujours pas vous-mêmes. Vous savez des choses à votre sujet et en réalité, il y a une aspiration profonde en chaque être humain à se connaître soi-même à un niveau beaucoup plus profond. Et cela n’arrive pas avec les concepts, en ajoutant d’autres concepts dans son mental, d’autres connaissances dans son mental.

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Alors, de quoi s’agit-il ? Il s’agit d’aller profondément à l’intérieur et d’avoir le courage d’être dans l’espace de l’inconnaissance… à propos de vous-mêmes, dans l’espace de… J’emprunte le terme « inconnaissance » à un vieux livre médiéval d’un écrivain anonyme originaire d’Angleterre, au Moyen-âge. Il s’intitule « Le nuage de l’inconnaissance ». C’est un beau traité mystique. C’est ainsi qu’on le désigne habituellement.

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Et le nuage de l’inconnaissance traite de la façon de connaître Dieu. L’enseignement essentiel donné est qu’on ne peut connaître Dieu par la connaissance, par la connaissance conceptuelle, toute connaissance dans la tête, mais seulement de façon directe. On peut dire la même chose à votre sujet, parce que finalement, la profondeur de qui vous êtes et Dieu ne font qu’un et sont le même, Dieu étant la source, la vie non créée, non manifestée, la vie une intemporelle. C’est l’essence de qui vous êtes.

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http://terrenouvelle.ca/Messages/eckhart-tolle-des-profondeurs/

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