(2) "Il semble donc qu'avec le silence mental un élargissement de la conscience se soit produit..."

Jusqu'à présent, nous avons analysé les progrès du chercheur en termes intérieurs, mais ce progrès se traduit également sur le plan extérieur; et d'ailleurs, la cloison intérieur-extérieur s'amenuise de plus en plus, elle apparaît de plus en plus comme une convention artificielle établie par un mental adolescent, enfermé en lui-même et qui ne voit que lui-même. Le chercheur sentira cette cloison perdre de sa dureté lentement, il éprouvera une sorte de changement dans la substance de son être, comme s'il devenait plus léger, plus transparent, plus poreux, si l'on ose dire. Cette différence substantielle se révélera tout d'abord par des symptômes désagréables, car l'homme ordinaire est généralement protégé par un cuir épais, tandis que le chercheur n'aura plus cette protection : il recevra les pensées des gens, les volontés des gens, les désirs des gens sous leur véritable aspect et dans toute leur nudité, comme ce qu'ils sont vraiment - des attentats. Et notons bien que les "mauvaises pensées" ou les "mauvaises volontés" ne sont pas seules à partager cette virulence; rien n'est plus agressif que les bonnes volontés, les bons sentiments, les altruismes - d'un côté ou de l'autre, c'est l'ego qui se nourrit, par la douceur ou par la force. Nous ne sommes civilisés qu'à la surface; dessous, le cannibale continue. Il sera donc très nécessaire que le chercheur soit en possession de cette Force dont nous avons parlé - avec Elle, il peut passer n'importe où - et d'ailleurs, dans la sagesse cosmique, la transparence ne viendrait pas si elle ne s'accompagnait de la protection correspondante. Armé de "sa" Force et du silence mental, le chercheur verra par degrés qu'il est perméable au-dehors, qu'il reçoit - qu'il reçoit de partout - , que les distances sont des barrières irréelles - personne n'est loin, personne n'est parti! Tout est ensemble et tout est en même temps - et qu'à dix mille kilomètres, il peut recevoir clairement les préoccupations d'un ami, la colère d'une personne, la souffrance d'un frère. Il suffira, dans le silence, que le chercheur se branche sur un lieu, une personne, pour avoir une perception plus ou moins exacte de la situation - plus ou moins exacte suivant sa capacité de silence, car ici aussi, le mental brouille tout, parce qu'il désire, parce qu'il craint, parce qu'il veut, et que rien ne lui parvient qui ne soit aussitôt faussé par ce désir, cette crainte, cette volonté (il y a aussi d'autres éléments de brouillage, nous en parlerons plus tard). Il semble donc qu'avec le silence mental, un élargissement de la conscience se soit produit et qu'elle puisse se diriger à volonté en n'importe quel point de l'universelle réalité pour y connaître ce qu'elle a besoin de connaître.

Mais dans cette transparence silencieuse, nous ferons une autre découverte, capitale par ses implications. Nous nous apercevrons non seulement que les pensées des gens nous viennent de l'extérieur, mais que nos propres pensées aussi nous viennent par la même voie, du dehors. Lorsque nous serons suffisamment transparent, nous pourrons sentir, dans le silence immobile du mental, comme des petits remous qui viennent frapper notre atmosphère, ou comme de légères vibrations qui tirent notre attention, et si nous nous penchons un peu pour "voir ce que c'est ", c'est-à-dire si nous acceptons que l'un de ces remous entre en nous, nous nous retrouvons soudain en train de penser à quelque chose : ce que nous avions saisi à la périphérie de notre être, était une pensée à l'état pur, ou plutôt une vibration mentale, avant qu'elle n'ait eu le temps d'entrer à notre insu et de ressortir à notre surface, pourvue d'une forme personnelle, qui nous fera dire triomphalement : "C'est ma pensée." Un bon lecteur de pensée peut ainsi lire ce qui se passe dans une personne dont il ne connaît même pas la langue, parce que ce ne sont pas des pensées qu'il attrape, mais des vibrations auxquelles il donne en lui, la forme mentale correspondante. Mais c'est le contraire qui serait bien surprenant, car si nous étions capables de créer une seule chose par nous-mêmes, fût-ce une petite pensée, nous serions les créateurs du monde! Où est le je en vous, qui peut fabriquer tout cela? demandait la Mère. Seulement, le mécanisme est imperceptible pour l'homme ordinaire, d'abord parce qu'il vit dans un vacarme constant, ensuite parce que le mécanisme d'appropriation des vibrations est presque instantané, automatique; une fois pour toutes, par son éducation, son milieu, l'homme est habitué à sélectionner dans le Mental universel, un certain type de vibration, assez réduit, avec lequel il est en affinité, et jusqu'a la fin de sa vie, il accrochera la même longueur d'onde, reproduira le même mode vibratoire, avec des mots plus ou moins sonores et des tournures plus ou moins neuves - il tourne et tourne dans la cage; seule l'étendue plus ou moins chatoyante de notre vocabulaire peut nous donner l'illusion que nous progressons. Certes, nous changeons d'idée, mais changer d'idée n'est point progresser, ce n'est pas s'élever à un mode vibratoire plus haut ou plus rapide, c'est faire une pirouette de plus au sein du même milieu. C'est pourquoi Sri Aurobindo parlait dechangement de conscience.

Une fois qu'il aura vu que ses pensées viennent du dehors et qu'il aura répété l'expérience des centaines de fois, le chercheur tiendra la clef de la vraie maîtrise mentale, parce que, s'il est difficile de se débarrasser d'une pensée que nous croyons nôtre, quand elle est déjà bien installée dedans, il est aisé de rejeter les mêmes pensées quand nous les voyons venir du dehors. Et une fois que nous sommes le maître du silence, nous sommes nécessairement le maître du monde mental parce que, au lieu d'être sempiternellement cramponné à la même longueur d'onde, nous pouvons parcourir toute la gamme des ondes et choisir ou rejeter ce qui nous plaît. Mais laissons Sri Aurobindo nous décrire lui-même l'expérience telle qu'il l'a faite la première fois, avec un autre yogi, du nom de Bhaskar Lélé, qui passa trois jours avec lui :

                      ...   Suite : épisode (3) !   

Extrait de   "SRI AUROBINDO ou l'aventure de la conscience"       Satprem (p.57-60)

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Commentaire de Anne le 5 février 2015 à 11:20

Lorsque nous nous connectons par le Silence intérieur, à la Source-Conscience, le vide mental ouvre un canal et permet le passage des Vibrations de plénitude et de Paix, que nous ressentons comme Amour, donnant une grande Force intérieure.

C'est une expansion de Conscience, devenue nécessaire dans le monde actuel, pour le reconnecter aux Lois Naturelles de la Création, de la Vie.

Alors, les événements de janvier ne sont pas un hasard.

Les dessinateurs qui ont payé de leur vie, m'apparaissent comme des Êtres de Lumière qui ont rejoint la dimension Originelle.

Sur Terre, ils dénonçaient à leur façon, la noirceur de ce monde matérialiste d'injustice, d'intolérance, de violence, de non-amour... Il fallait donc ce choc de dessins condamnés par les "bonnes mœurs", pour que plus de consciences s'éveillent!!

Pour ma part, j'ai apprécié le Rassemblement du 11 janvier et j'y étais - quasi méditative. Et c'était Silence et Énergie! Qu'importent les croyances des uns ou des autres. Il y avait Unité. Et chacun a dû emporter un plus dans sa conscience pour sa propre transformation.

Maintenant, outre les parlotes ici et là dans les sphères "dirigeantes", il faudra bien que chacun prenne ses responsabilités - dans la vie extérieure d'une part, vers les forces qui favorisent le basculement - et surtout dans la vie intérieure.

Pour cela, je trouve la démarche de Sri Aurobindo très appropriée et très visionnaire.

Je vous invite à en prendre connaissance.

Nous sommes dans une ère de Transition entre deux mondes. Le monde du mental est au bout du rouleau. Le temps des débats et polémiques se termine. Tous les points de vue contradictoires ne sont que dualité, expression de l'ego.

L'Énergie de la Conscience "supérieure", "sans objet", de "5° dimension" est une Énergie Vivante. Elle se transmet par le Corps-Esprit : le regard, la voix, l'expression, le mouvement, la Vibration... Elle est donc en dehors du domaine de l'internet : par l'écrit, on emploie des mots. Il est donc difficile de faire la part du mental-ego et de l'Énergie lorsque nous nous exprimons de cette façon.

Je trouve qu'internet est un très bon outil pour échanger des informations, nous enrichir mutuellement - et à grande échelle de surcroît - alors que peser le pour et le contre de ceci ou cela, m'apparaît d'un autre temps.

Que chacun, dans ce site riche d'expériences diverses, puise les infos qui lui correspondent dans l'ici et maintenant!...

Et cela, c'est une  marche vers l'Unité, tout en expansant notre propre Unité intérieure.

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