(11) Le Nirvana, accès aux dimensions de l’au-delà, est un stade intermédiaire vers l’Éveil, centré sur la Totalité Matière-Esprit du monde.

Le premier résultat, écrit Sri Aurobindo, fut une série d'expériences formidablement puissantes et de changements de conscience radicaux que Lélé n'avait jamais eu l'intention de me donner... et qui étaient tout à fait contraires à mes propres idées; elles me firent voir le monde, avec une prodigieuse intensité, comme un jeu cinématographique de formes vacantes dans l'universalité impersonnelle de l'Absolu, Brahman.

                  Dans les espaces énormes du moi,


                  Le corps, comme une coquille erran
te.

Du coup, tout le yoga intégral de Sri Aurobindo s'écroulait, tous ses efforts de transformation mentale, vitale et physique, et sa foi en une vie terrestre accomplie, s'annulaient dans une énorme Illusion - il ne restait plus rien, que des formes vide
s. Je fus soudain projeté dans un état au-dessus, sans pensée, pur de tout mouvement mental ou vital; il n'y avait pas d'ego, pas de monde réel - seulement, quand "on" regardait à travers les sens immobiles, quelque chose percevait ou portait sur son absolu silence, un monde de formes vides, d'ombres matérialisées sans substance véritable. Il n'y avait ni Un, ni même plusieurs, seulement Cela, absolument, sans traits, sans relations, pur, indescriptible, impensable, absolu, et pourtant suprêmement réel et seulement réel. Et ce n'était pas une réalisation mentale ni quelque chose que l'on percevait quelque part en haut - ce n'était pas une abstraction, c'était positif, la seule réalité positive (bien que ce ne fut pas un monde physique spatial) qui emplissait, occupait, ou plutôt inondait et noyait cette semblance de monde physique, ne laissant aucun lieu, aucun espace pour aucune autre réalité qu'elle-même et ne permettant à rien d'autre de sembler vraiment réel, positif ou substantiel... Cette expérience m'apportait une Paix indicible, un formidable silence, une infinitude de délivrance et de liberté. D'emblée, Sri Aurobindo était entré dans ce que les bouddhistes appellent Nirvana, le brahman silencieux des hindous, Cela; le Tao des Chinois; le Transcendant, l'Absolu, l'Impersonnel des Occidentaux. Il était arrivé à la fameuse "libération" (mukti) que l'on considère comme le "sommet" de la vie spirituelle - qu'y aurait-il donc au-delà du transcendant? Et Sri Aurobindo vérifiait la parole du grand mystique indien, Sri Ramakrishna : "Si nous vivons en Dieu, le monde disparaît; si nous vivons dans le monde, Dieu n'existe plus", le gouffre qu'il avait tenté de combler entre la Matière et l'Esprit était rouvert sous ses yeux dessillés; les spiritualistes avaient raison, en Occident comme en Asie, qui assignent pour seule destination aux efforts de l'homme, une vie au-delà - paradis, Nirvana ou libération - ailleurs, mais pas dans cette vallée de larmes ou d'illusion. L'expérience de Sri Aurobindo était là, irréfutable sous ses yeux.

Or cette expérience, dont on dit qu'elle est finale, devait être, pour Sri Aurobindo, le point de départ de nouvelles expérien
ces, plus hautes, qui réintégraient dans une Réalité totale, continue et divine, la vérité du monde et la vérité de l'au-delà. Nous sommes ici en présence d'une expérience centrale dont la compréhension importe au sens même de notre existence, car, de deux choses l'une, ou bien la Vérité suprême n'est pas d'ici-bas, comme toutes les religions du monde l'ont dit, et nous perdons  notre temps à des futilités, ou bien il y a autre chose que tout ce que l'on nous raconte. Et la question est d'autant plus importante qu'il ne s'agit pas de théorie, mais d'expérience. Voici ce que rapporte Sri Aurobindo : Je vécus jour et nuit dans ce Nirvana avant qu'il ne commence à admettre autre chose en lui ou à se modifier tant soit peu... Puis il commença à disparaître dans une Supraconscience plus grande, en haut... L'aspect illusoire du monde cédait la place à un autre aspect où l'illusion n'était plus qu'un petit phénomène de surface, avec une immense Réalité divine par-derrière, une suprême Réalité divine au-dessus et une intense Réalité divine au cœur de toutes les choses qui, tout d'abord, m'étaient apparues comme des formes vides ou des ombres cinématographiques. Et ce n'était pas un réemprisonnement dans les sens, pas une diminution ou une chute de l'expérience suprême; au contraire, c'était une élévation constante et un élargissement constant de la Vérité.. Le Nirvana, dans ma conscience libérée, se révéla le commencement de ma propre réalisation, un premier pas vers la chose complète, non la seule réalisation possible ni même la culmination finale.

Qu'est-ce donc que ce Transcendant qui semble se situer, non pas au sommet, mais à une altitude très moyenne? Nous pourrions dire, pour employer une analogie un peu simple, mais vraie, que le sommeil représente un état transcendant par rapport à la veille, mais qu'il n'est pas plus haut ni plus vrai que la veille, ni moins vrai. Simplement, c'est un autre état de conscience. Si nous nous retirons des mouvements mentaux et vitaux, naturellement tout s'évanouit; quand on s'anesthésie, on ne sent plus rien, pour parler comme Monsieur de la Palice. Nous avons tendance, naturellement, à juger que cette Paix immobile et impersonnelle est supérieure à notre vacarme, mais, après tout, ce vacarme ne tient qu'à nous. Le supérieur ou l'inférieur ne tient pas au changement d'état, mais à la qualité ou à l'altitude de notre conscience dans l'état considéré. Or le passage dans le Nirvana ne se situe pas au sommet de l'échelle, pas plus que le sommeil ou la mort ne sont au sommet de l'échelle, il peut se prod
uire à n'importe quel niveau de notre conscience; il peut se produire par une concentration dans le mental, par une concentration dans le vital, et même par une concentration dans la conscience physique; le hatha yogi penché sur son nombril, ou le Bassouto qui danse autour de son totem, peuvent tout à coup passer ailleurs, si tel est leur destin, dans une autre dimension transcendantale où tout ce monde est réduit à néant; de même le mystique absorbé dans son cœur; de même le yogi concentré dans son mental. Parce que, en réalité, on ne s'élève pas quand on passe dans le Nirvana - on perce un trou et on sort. Sri Aurobindo n'avait pas dépassé le plan mental quand il eut l'expérience du Nirvana : J'ai eu l'expérience du Nirvana et du silence dans le Brahman, longtemps avant d'avoir la moindre connaissance des plans spirituels au-dessus de la tête. Et c'est  précisément après s'être élevé à des plans plus hauts, supraconscients, qu'il eut des expériences supérieures au Nirvana, où cet aspect illusionniste, immobile et impersonnel, se fondait dans une Réalité nouvelle, embrassant à la fois le monde et l'au-delà du monde. Telle est la première découverte de Sri Aurobindo. Le Nirvana n'est pas et ne peut pas être la fin du chemin sans rien d'autre à explorer... c'est la fin du chemin inférieur à travers la Nature inférieure et le commencement de l'évolution supérieure.

(...)

Nous nous demandons si le sens de l'évolution est simplement de se payer le luxe du mental pour le démolir ensuite et revenir à un état religieux sub-mental ou non-mental, ou, au contraire, si ce n'est pas de développer le mental à l'extrême, comme nous y pousse l'évolution, jusqu'à ce qu'il épuise ses petitesses et son vacarme superficiel, pour déboucher en ses régions supérieures, supraconscientes, à un stade spirituel et supramental, où la contradiction Matière-Esprit s'évanouira comme un mirage et où nous n'aurons plus besoin d'en "sortir", parce que nous serons partout Dedans?

(...)

Jusqu'à présent, ceux qui ont eu quelque accès à ce mode supérieur de vision (il y a bien des échelons) ne s'en sont guère servi que pour eux-mêmes ou n'ont pas su incarner ce qu'ils voyaient, parce que tout leur effort, précisément, visait à sortir de cette incarnation; mais cette attitude nuageuse n'est pas inévitable; Sri Aurobindo va nous le montrer; il n'avait pas en vain préparé toute cette base matérielle, vitale, mentale et psychique."

Le Nirvana représente ainsi un stade intermédiaire utile (mais pas indispensable) dans ce passage de la vision ordinaire à l'autre vision (...) Le Nirvana nous  débarrasse de notre Ignorance, mais pour tomber dans une autre ignorance, parce que l'éternelle difficulté avec les hommes, est qu'ils courent d'un pôle à l'autre; ils se sentent toujours obligés de nier une chose pour en affirmer une autre; on a donc pris un stade intermédiaire pour une fin, comme on a pris tant d'autres grandes expériences spirituelles pour une fin aussi. Alors qu'il n'y a pas de fin, mais une élévation constante, un élargissement constant de la Vérité. Nous pourrions dire que le stade nirvanique, ou religieux en général dans la mesure où il est fixé sur l'au-delà, représente un premier stade de l'évolution, afin de nous détourner d'une certaine façon fausse de voir le monde, et que son utilité est essentiellement pédagogique. L'homme éveillé, vraiment né, doit se préparer au prochain stade évolutif, et passer du religieux centré sur l'autre monde, au spirituel centré sur la Totalité. Alors rien n'est exclu, tout s'élargit. Le chercheur intégral devra donc être sur ses gardes, car les expériences intérieures, touchant à la substance intime de notre être, sont toujours irréfutables et finales lorsqu'elles se produisent ; elles sont éblouissantes à n'importe quel niveau - rappelons Vivékananda parlant du Nirvana : "Un océan de paix infinie, sans une ride, sans un souffle" - et la tentation est grande de s'y ancrer comme au havre définitif.. Nous dirons seulement ce conseil de la Mère aux chercheurs : Quels que soient la nature, la puissance et l'émerveillement d'une expérience, il ne faut pas être dominé par elle au point qu'elle gouverne votre être tout entier... Lorsque vous entrez d'une façon quelconque, en rapport avec une force ou une conscience qui dépasse la vôtre, au lieu d'être entièrement subjugué par cette conscience ou cette force, il faut vous souvenir toujours que ce n'est qu'une expérience parmi des milliers et des milliers d'autres, et que, par conséquent, elle n'a pas un caractère absolu. Si belle qu'elle soit, vous pouvez et vous devez en avoir de meilleures; si exceptionnelle qu'elle soit, il y en a d'autres encore plus merveilleuses; et si haute qu'elle soit, vous pouvez toujours monter plus haut dans l'avenir.

(..)

Sri Aurobindo fit ce qui lui était enjoint et le discours descendit comme s'il
était dicté. Et depuis lors, toutes les paroles, tous les écrits, toutes les pensées et les activités extérieures me vinrent de la même source, au-dessus du mental cérébral. Sri Aurobindo avait pris contact avec le Supraconscient.

 

SRI AUROBINDO  L'aventure de la conscience    Satprem   (p165-172)

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Commentaire de Anne le 25 février 2016 à 14:28

La Conscience universelle poursuit son plan évolutif.

En s'incarnant dans l'être humain, elle fait l'expérience d'être consciente d'elle-même.

L'expérience de la Chute a emprisonné l'être dans la dualité, la séparation des individus, dans les conflits - intérieurs, extérieurs...

À notre époque de Transformation, c'est comme si cette Énergie Consciente, cette Énergie quantique, ce "Dieu" en nous, en Tout, poursuivait son évolution par un mouvement inéluctable de libération de la Matière, où elle se trouve encore involuée dans le corps.

Par des ressentis de méditation, nous accédons au Silence qui, par la voie du lâcher prise, unifie le Corps à l'Esprit, libère les mémoires cellulaires du Subconscient.

C'est ce basculement vibratoire de Conscience qui permettra le Changement du monde.

Ces extraits importants sur l'évolution de la Conscience, à partir de l'expérience de Sri Aurobindo, sont une aide précieuse pour le réveil des consciences dont ce début de XXI° a sonné l'heure.

En faire l'expérience est une nécessité vitale, pour qui veut vivre cette Liberté.

(1) La sensation très agréable d'une énergie fraîche... "un bloc de paix solide et frais"
http://l-unite.ning.com/profiles/blogs/la-conscience-d-tre-on-sent-...


(2) Il semble donc qu'avec le silence mental, un élargissement de la conscience se soit produit..."

http://l-unite.ning.com/profiles/blogs/le-mental-universel-et-le-si...


(3) Dans la Concentration de la Présence, apparaît la Conscience-Témoin qui, paisible, observe et ajuste le mental.

http://l-unite.ning.com/profiles/blogs/le-t-moin-ma-tre-de-la-maiso... 


(4) Les centres de conscience sont vibrations : "Notre être est comme un poste récepteur..."
http://l-unite.ning.com/profiles/blogs/4-les-centres-de-conscience-...


(5) "Il n'y a qu'une Force au monde, un seul courant unique qui passe en nous et en toute chose." Un courant d'Énergie, de Joie.                                           http://l-unite.ning.com/profiles/blogs/il-n-y-a-qu-une-force-au-mon...


(6) Le pouvoir de Silence pacifie les émotions du vital : "toutes  les circonstances extérieures sont à l'image de ce que nous sommes."  

http://l-unite.ning.com/profiles/blogs/ce-vital-nous-le-savons-est-...                                  


(7)
"On découvre même que l'on est capable de descendre aussi bas que l'on est capable de monter haut"
http://l-unite.ning.com/profiles/blogs/de-plus-en-plus-elles-semble...


(8) "Seul est vrai le je en nous qui embrasse toutes les existences et tous les contraires possibles de l'existence."
http://l-unite.ning.com/profiles/blogs/8-seul-est-vrai-le-je-en-nou...


(9) L'Âme consciente n'a besoin de rien pour être. Elle est Amour.

 http://l-unite.ning.com/profiles/blogs/9-l-me-consciente-n-a-besoin...  


(10) La Réincarnation: évolution de la conscience, vers une réalisation terrestre.
http://l-unite.ning.com/profiles/blogs/10-la-r-incarnation-volution...

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