«À la recherche d’une rose au cœur de la forêt, on ne voit que l'absence de la rose et l'on oublie la beauté de ce qui nous entoure.» – Sagesse indienne

J’ai récemment participé à une excursion d’observation des ours avec mon père et mon neveu. Nous étions les seuls Québécois dans un groupe de touristes européens à la recherche d’une aventure purement canadienne. Je ne comprends pas tout à fait en quoi cette activité est typique d’ici (nos ours ont-ils un charmant accent, eux aussi?), mais qu’importe. C’est probablement mieux qu’une excursion d’observation de la poutine.
Nous nous donc sommes rendus au poste d’observation dans un vieux véhicule de guerre sans suspension ni tuyau d’échappement (si j’ai bien compris, c’était censé ajouter au charme de l’activité…), puis nous sommes allés nous installer dans une cabane de bois. C’est le grand trou dans le mur extérieur qui lui méritait son titre de «poste d’observation», j’imagine. Bref, les organisateurs avaient disposé un baril de mélasse et de maïs à une vingtaine de mètres de nous, et nous allions passer les 90 prochaines minutes à regarder les ours s’en délecter. En passant, offrir de la mélasse à nos ours sauvages me semble indécent, à moi aussi. Je suis franchement choquée pour ceux qui ont la dent salée.
(Le grand drame de ma vie est que l’humour pince-sans-rire se traduit si mal par écrit…)
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J’étais bougonne dès la première demi-heure d’attente. Le monoxyde de carbone respiré pendant le trajet me montait à la tête, aidé par ma légère nausée. Oh, je ne serais pas facile à impressionner! J’exige une famille d’ours… une famille avec plein de jolis oursons tous ronds, comme dans les publicités de papier hygiénique. Les touristes semblaient fascinés par le baril, pour leur part, si je me fie aux nombreux clics de leurs appareils photo. Ou peut-être était-ce une sorte de code spécial pour exprimer leur ennui, puisqu’on ne pouvait parler tout au long de l’activité? J’ai jeté un premier regard découragé à mon neveu, assis sur le banc derrière moi. J’ai essayé d’attirer l’attention de mon père également, mais il tapotait ardemment sur son téléphone.
Pendant la deuxième demi-heure d’attente, je ne tenais déjà plus en place. Mais pourquoi n’ai-je pas apporté un livre? Parce que tu étais censée être occupée à observer des ours, ma chérie. Mais pourquoi n’ai-je pas apporté mes écouteurs afin d’écouter les livres audio sur mon téléphone?Voir réponse précédente. Oh, et en passant, ce sont des chatons, non pas des oursons, dans les publicités de papier hygiénique. Je me suis donc résolue à zieuter le dépliant de l’activité, plus particulièrement la photo d’un ours qu’on y pouvait voir en train de manger. Tiens tiens… à défaut d’en observer un ici, j’en observe un sur le dépliant. Ha ha! J’ai essayé d’attirer l’attention de mon neveu pour lui montrer la photo (mon père étant toujours en symbiose avec son téléphone), mais si l’humour pince-sans-rire se traduit difficilement par écrit, essayez de traduire l’ironie en silence. J’entendais occasionnellement un ou deux clics d’appareils photo désespérés… tels des cris de détresse dans la nuit.
Pendant la troisième demi-heure d’attente, mon impatience s’est transformée en une des irritations les plus caricaturales qu’il m’ait été donné d’expérimenter. Je pense que j’avais un petit nuage gris au-dessus de la tête, comme dans les bandes dessinées. J’ai essayé d’être zen… après tout, rarement ai-je l’occasion de partager un silence aussi pur et aussi long avec un groupe de personnes. Or, la perspective de me détendre ne faisait que m’irriter davantage! J’ai donc décidé de faire un peu de comptabilité pour passer le temps – eh oui, pourquoi pas? Et j’ai calculé qu’à 47 $ par personne, avec deux groupes d’au moins 15 participants quotidiennement, les organisateurs pourraient ajouter des dossiers à leurs bancs de fortune avec les profits d’une seule journée. À moins que les maux de dos soient également censés contribuer au charme de l’activité? J’avais l’impression d’être prise dans la pièce de théâtre la plus absurde de tous les temps – un genre de En attendant Godot sans dialogues, version«ma cabane au Canada». Les doigts de mon père, eux, s’activaient toujours aussi joyeusement.
Quand l’activité s’est finalement terminée, j’avais le teint bleu, blanc, rouge (tiens… parlant de ce qui est typiquement «Canadiens»). Cela faisait une heure et demie que nous regardions un baril en silence sans que rien ne se présente! Les touristes ne semblaient pas aussi frustrés que je l’aurais souhaité. Mon neveu, pour sa part, paraissait plus fatigué qu’irrité. Et mon père se portait de toute évidence merveilleusement bien. Maintenant qu’on pouvait parler, il nous a informés, avec un grand sourire satisfait, qu’il avait eu le temps de répondre à plus de 70 courriels liés au travail, pour ensuite déclarer le plus sérieusement du monde : «Comme c’est agréable, ces activités en nature…ça sort du quotidien!
:-)
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J’ai déjà traversé le continent pour aller m’asseoir sur un coussin de méditation (sans dossier!) et regarder un mur en silence pendant près de huit heures par jour, entourée de moines en robes de chambre noires. Je ne dirais pas que c’était la joie, mais j’ai certainement passé au moins une heure et demie sans fulminer d’ennui – et ce, plus d’une fois. En fait, je pense que je suis naturellement assez contemplative… par exemple, il m’arrive régulièrement de partir dans la lune pendant plusieurs longues minutes, le regard perdu dans le néant. J’aime ne rien faire. J’adore «déguster le silence», aussi… juste savourer le vide. Un vide si rempli. Et si je peux le faire en nature, je suis au paradis.
Ainsi, si j’aime autant le silence, la nature et les moments d’intériorisation, pourquoi étais-je incapable de savourer– ou même de supporter! – cette heure et demie en forêt? Pourquoi n’ai-je pas saisi l’occasion pour méditer, pour d-d-d-d-d-d-danser dans ma tête, ou simplement pour admirer la beauté du paysage? J’imagine que la réponse vous apparaît aussi claire qu’elle l’est pour moi : c’est parce que j’étais en état d’attente, tout simplement. Ce n’est pas le fait de ne rien faire qui m’irritait autant, mais le fait d’être en suspens entre l’avenir et le présent. (Il y a aussi le fait que je peux être incroyablement têtue quand les choses ne se passent pas comme je l’aurais voulu, mais c’est un autre sujet en soi…)
L’attente peut transformer le paradis en un rien du tout. Oh, elle peut également être assez délicieuse merci…Lorsqu’on est absolument certain d’obtenir le résultat désiré et que ce n’est qu’une question de temps avant d’y arriver, par exemple. Mais règle générale, elle draine même les plus merveilleux moments de leur magie. Car lorsque notre cœur est ailleurs qu'ici et maintenant, on dirait que notre corps ne le rattrape jamais assez rapidement, et rien de ce que l’on vit ne semble particulièrement beau ou important. Le présent devient donc une chose à tolérer plutôt qu’à savourer intensément.
Nous avons tous d’excellentes raisons d’être en état d’attente, bien sûr. Ce que l’on veut est légitime… parfois même assez fondamental. Notre vie sera tellement plus douce ainsi, n’est-ce pas? Or, le hic est que même nos aspirations les plus légitimes nous feront souffrir si elles nous amènent à vivre en suspens. Et je n’ai pas toutes les réponses (si la première partie de mon message ne vous en avait pas déjà convaincus…), mais je sais que si on mérite d’avoir ce que l’on veut, on mérite encore davantage d’être heureux. On n’aura jamais besoin de ce que l’on attend autant qu’on a besoin d’être bien ici et maintenant.
La particularité de la vie humaine (non pas que j’en aie expérimenté d’autres types) est que nous sommes constamment entre deux réalités : celle que l’on vit, et celle que l’on planifie. Si on fait une action, on s’attend évidemment à un résultat. Si on participe à une excursion d’observation des ours, on s’attend à voir quelques museaux. ;-) Et bien sûr, de nouveaux désirs tous frais et fringants émergent spontanément à tout moment. Ainsi, une des aptitudes les plus importantes que l’on puisse développer, je crois, est la capacité d’attendre sans attendre –c’est-à-dire de s’attendre à de très jolies choses, mais sans attendre qu’elles se concrétisent pour vivre passionnément. De préparer l’avenir, mais sans jamais le laisser nous voler notre présent.
Je ne sais pas ce que vous attendez actuellement, Roselyne…Mais à quoi ressemblerait votre quotidien si l’état d’attente – la version qui est stressante et inconfortable, je veux dire – était remplacé par une grande présence? Quand j’y pense, je me dis que ce serait la plus belle aventure qui soit… Ce serait comme observer les ours, sauf que ce serait le bonheur à leur place, et qu’il serait toujours là. :-)
Passez une belle journée!
Marie-Pier
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