Culpabilite.jpgJ'ai eu le plaisir de lire un décodage fort intéressant, et que j'ai trouvé fort à propos pour moi, de Mr Laurent Daillie, paru dans le dernier n° (le 16) du magazine Néosanté (http://www.neosante.eu/), sur la culpabilité. Cette manifestation, que je considérais jusque là comme simplement désagréable et au fond à éliminer au plus vite, y est présentée d'une façon qui m'a surprise et amené un autre regard sur elle : au lieu de la fuir lorsqu'elle se présente, cet article m'a permis de la considérer avec plus de tendresse tellement son explication m'a parlé fort, et m'ouvre la porte à une réconciliation avec une part importante de moi.

 

La culpabilité, mécanisme de survie

La culpabilité est présentée dans cet article comme une réaction archaïque propre aux animaux grégaires dont nous faisons partie... un sentiment qui naît lorsque l'individu sent qu'il pourrait être évacué par la communauté à laquelle il appartient. Être « sorti » du groupe signifie, pour la plupart des communautés animales, une menace de mort certaine. La culpabilité est donc une peur qui naît lorsque l'animal ressent qu'il a commis une faute impardonnable pour le groupe.

Chez les animaux, qui répondent à des codes simples et pragmatiques, le fait d'éprouver de la culpabilité est donc certainement un signe de soumission, perceptible par les autres, et qui est susceptible d'avoir pour effet positif de ne pas subir la sanction si redoutée... non pas parce que le groupe prend pitié, mais parce que cette manifestation de soumission rend concrètement possible de faire à nouveau confiance en l'individu déviant. La culpabilité est donc un mécanisme de survie.

Mr Daillie va jusqu'à dire, ce qui prend sens, que la sanction de l'exclusion, étant une menace de mort, est bien supérieure à la violence physique...

 

La complexité humaine

Chez l'humain, la logique est exactement la même, sauf que les codes qui déterminent l'inclusion ou l'exclusion sont très variables d'un groupe et même d'un individu à l'autre, et ne relèvent pas forcément de valeurs pragmatiques. L'individu peut se sentir fautif pour des motifs qui ne sont pas réellement « vitaux »... néanmoins, d'un point de vue de la survie, il s'agit toujours bel et bien d'une réaction vitale, puisque ne pas rentrer dans les codes propres à notre tribu, surtout lorsque nous sommes enfants, peut en effet avoir des conséquences dramatiques (la famille, c'est souvent, hélas, plus cruel que ce que l'on pense généralement).

Dans un contexte si mouvant que la psyché humaine, rien de plus facile pour un individu que de se demander en permanence s'il n'est pas en dehors des règles qui pourraient déterminer son exclusion, donc sa mort, prochaine... plus les codes sont complexes et éloignés du bon sens pragmatique, plus le psychisme est sur ses gardes en permanence, incapable de saisir le fondement logique qui les sous-tend, dans le doute sur la validité de ses actes et attitudes. Il ne reste alors qu'à manifester une constante attitude de culpabilité, donc de soumission pour prévenir la sanction potentielle.

La problématique majeure de l'humain est sa faculté à cristalliser des modes de survie, adaptés à une époque, certes, mais plus forcément valides ensuite : un individu ayant subit de nombreuses pressions contradictoires dans son enfance risque d'être en prise adulte avec un sentiment de culpabilité ancré en lui et pourtant dénué de fondement.

Cette culpabilité étant soumission, elle est un état de rétractation de l'énergie vitale qui aura de nombreuses répercussions sur la vie de l'individu, tant que ces mécanismes ne seront pas traités correctement en thérapie.

 

La honte de la honte ou comment aimer sa culpabilité

Le champs croisé des contraintes imposés par notre environnement de départ peut amener une forme de culpabilité très particulière et totalement absente du monde animal : la honte de la culpabilité. Dans mon cas personnel, j'ai été élevé dans une famille d'intellectuels où les exigences pour être admis étaient très fortes, complexes et contradictoires, ce qui amenait fréquemment le sentiment de la honte en réaction, mais où également éprouver de la honte était un motif d'exclusion, puisque contraire à l'image de sûreté, de confiance en soi, qui doit caractériser tout individu construit, fort, et pour tout dire, « supérieur à la masse ignorante ».

Je réalise avoir développé une forte attitude de refoulement de ce sentiment de culpabilité qui m'a amené très tôt à chercher à me surpasser en permanence pour prouver aux autres que j'étais le meilleur, le plus intelligent, l'unique. Je n'ai commencé à réaliser que bien tardivement que cette énorme exigence envers moi-même était une réaction de fuite devant ma propre culpabilité : comme s'il fallait absolument faire l'impossible pour être accepté et que l'exclusion me pendait toujours au nez... ce qui s'est bien entendu, fréquemment produit, et que j'ai souvent vécu comme une injustice.

Je ne voyais pas que l'énorme tension que je portais me coupait de l'autre puisque je portais en moi la croyance que l'autre me jugeait en permanence et risquait de m'exclure. Par ailleurs il est évident que cette pensée d'exclusion amène sa réalisation... comme une image confirmante de ce qui me manquait le plus au fond : l'amour de moi-même.

La honte de ma honte ne me permettait pas de me déposer dans ce sentiment et de l'accueillir comme un enfant blessé qui a simplement besoin d'amour.

Voilà pourquoi, grâce à l'éclairage de Mr Daillie, je dis aujourd'hui :

 

N'AYONS PLUS HONTE DE NOTRE HONTE !

AIMONS NOTRE CULPABILITÉ !

 

En s'autorisant à ressentir pleinement notre sentiment de honte et en le reconnaissant pour ce qu'il est, comme un mécanisme de défense, nous pouvons récupérer une part précieuse de notre être qui a fait ce qu'elle avait de mieux à faire à une époque où il n'y avait pas d'autres solutions à sa disposition, en se carapaçant de culpabilité pour nous permettre de vivre et d'être là aujourd'hui. Nous pouvons avec cette compréhension apporter amour à cet enfant intérieur toujours figé dans le doute de sa validité fondamentale pour qu'il se détende aujourd'hui et élabore de nouvelle formes de survie plus en adéquation avec l'amour-propre que adulte nous pouvons développer... enfin.

 

Je remercie donc ma culpabilité, ET Mr Daillie pour son bel article !

 

Nicolas Bernard

Vues : 333

Commenter

Vous devez être membre de L'Unité pour ajouter des commentaires !

Rejoindre L'Unité

Commentaire de Fleur de rose le 19 février 2013 à 18:52

♥ en effet Martina il y a tant de beau message a prendre en considération

© 2019   Créé par l'Unité.   Sponsorisé par

Badges  |  Signaler un problème  |  Conditions d'utilisation